10.11.08

Morale, droit, intentions, mobiles

Un site anarchiste "l'En Dehors" s'interroge sur la clémence dont jouissent les femmes infanticides. L'infanticide est l'assassinat (préméditation) ou le meurtre (homicide volontaire sans préméditation) d'un nouveau né.

Théoriquement, dans la loi pénale il s'agit d'enfants de moins de quinze ans ; mais dans la réalité vécue, il s'agit de mamans qui assassinent leurs nouveaux nés.

L'En Dehors s'interroge sur la raison de cette clémence.

"En France, le système juridique est implicitement basé sur la morale de l’intention et non sur celle du résultat, ce qui explique que les homicides accidentels soient, à juste titre, moins punis que les homicides volontaires. De même, on donne des circonstances atténuantes lorsqu’un mobile particulier rend l’assassinat plus excusable. Les assassins sont donc jugés différemment en fonction de leurs mobiles. Dans le cas de Patrick Henry, le mobile était l’intérêt (demande de rançon), d’où la condamnation à perpétuité. Dans les cas d’infanticides par les mères, on pourrait dire que le mobile est au contraire le désintérêt. Mais il est difficile d’admettre que le désintérêt soit une " meilleure " raison de tuer que l’intérêt..."


Ce n'est pas exact, le système est fondé sur la distinction entre intention qui est ce qu'a voulu le coupable et mobiles qui sont ses motifs psychologiques.

Exemple : assassinat, le coupable a voulu tuer. Il a voulu tuer pour épargner des souffrances à la victime, il a voulu tuer pour voler, il a voulu tuer pour qu'elle se taise, pour effacer les traces d'un délit ou d'un crime, il a voulu tuer par plaisanterie, il a voulu tuer sans mobile (Lafcadio de Gide) : ce sont les mobiles qui peuvent être infiniment divers et comme il s'agit des motifs psychologiques, ils sont toujours en réalité inconnaissables sinon par ce que raconte le coupable et par la vraisemblance.

Dans le cas de l'infanticide, l'intention est de tuer l'enfant. Le mobile semble souvent semble être d'échapper à des reproches, à une culpabilité d'avoir un enfant. Une mère qui tue, qui a supporté les gênes et les espoirs de la grossesse sans pouvoir les partager avec le père n'est pas une personne intéressée, ses mobiles ne peuvent être crapuleux (argent, honneur...), sa situation est donc digne de pitié. Du moins c'est ce que nous supputons lorsque nous examinons son cas, mais que se passe-t-il dans sa tète ? Dieu seul le sait, et nous ne pouvons faire que des supposition, probablement elle ne le sait pas elle-même.

Comme il y a quelque chose de la mère dans l'enfant (au moins la moitié du capital génétique, est neuf mois de peines et d'intimité avec un être qui est soi et ne l'est pas), il s'agit d'une sorte de suicide. C'est évidemment très différent de celui qui tue un enfant pour mobiles crapuleux (plaisir sexuel et faire taire, demande de rançon et donc l'argent par exemple).

Il me semble que la meilleure prévention de l'infanticide serait d'insister sur la richesse de la présence d'un enfant sur le fait que le monde est vide, contrairement à ce qui peut sembler à nos citadins qui s'entassent (preuve d'ailleurs que l'être humain aime se trouver avec beaucoup d'être humains) dans un petit espace et à ce que nos moyens de transport ultra rapides nous font croire.

L'infanticide est aussi en une certaine façon de la responsabilité du père, sans doute abandon de la mère ou au moins mauvais communication dans le couple et sans doute idées du père et des grands-parents sur la présence de nombreux enfants. Je ne veux innocenter les mères, mais il est certain que l'infanticide traduit chez la femme un sentiment d'insécurité, de culpabilité de la maternité. La femme a besoin de protection surtout pendant sa grossesse.

3 commentaires:

michèle a dit…

Denis,
j'ai regardé mes visiteurs, et honte de moi, je m'aperçois qu'il y a longtemps que je ne suis pas venue vous voir ! Désolée !
Votre sujet est grave difficile je retiens cette phrase en particulier:
" L'infanticide est aussi en une certaine façon de la responsabilité du père, sans doute abandon de la mère ou au moins mauvais communication dans le couple et sans doute idées du père et des grands-parents sur la présence de nombreux enfants. Je ne veux innocenter les mères, mais il est certain que l'infanticide traduit chez la femme un sentiment d'insécurité, de culpabilité de la maternité. La femme a besoin de protection surtout pendant sa grossesse ".

Comment arriver à expliquer le pourquoi de ce geste irréversible ?

Cela fait mal , mais il est difficile de porter un jugement sans s'interroger....

Ses jeunes filles qui accouchent sous "X"..aussi autre problème, autre questionnement.

J'en reste muette, car je me sens bien petite pour affirmer telle ou telle explication.

J'ai mal.
Mon coeur souffre....

Marie a dit…

Ici dans le Connecticut il y a quelques semaines une jeune femme hondurienne a accouché toute seule, a mis son nouveau-né dans un sac poubelle et l'a tué à coups de marteau je crois. Elle a 25 ans, déjà trois autres enfants au Honduras et a des problèmes d'immigration aux US. Mais cela ne l'absout pas d'un crime aussi abominable. Ce fait divers m'a bouleversée.

Denis Merlin a dit…

Chère Michele, vous aviez annoncé la mise en sommeil de votre blog...

"Pourquoi de ce geste irréversible", il faut sans doute y voir la violence faite aux femmes préalablement à la grossesse et pendant la grossesse.

Oui, Marie, c'est abominable, mais la violence, l'abandon subis par les mères explique sans doute ces comportements.