10.10.08

Quand l'Homme nouveau ne sait pas lire

La critique de la crise financière par Philippe Maxence est étrangement la même que celle de tous les partis, y compris le Parti communiste et le Front national.

"On l’a souvent oublié comme on oublie aujourd’hui de s’examiner sur ce point. Hasard ? Autre oubli : le rôle de l’État. Citons encore une fois Jean- Paul II

«L’activité économique, en particulier celle de l’économie de marché, ne peut se dérouler dans un vide institutionnel, juridique et politique.» (C.A., n. 48)."

lit-on sur la citation de Jean-Paul II que l'Etat a un rôle à jouer.

Le "vide institutionnel" peut très bien désigner les institutions de régulation des marchés qui peuvent être extraétatiques et ou peuvent résulter d'une organisation professionnelle par branche.

Quant au "vide juridique", ce n'est pas le vide de loi, mais le vide de règles juridiques, quelle qu'elles soient (loi, coutume, décret, règles professionnelles etc.) qui n'émanent pas nécessairement de l'Etat.

Le vide politique désigne le bien commun dont les politiques ont la charge et certes nous trouvons ici le rôle de l'Etat mais pas nécessairement. Le bien commun étant avant tout justice et vérité, droits de l'homme et donc protection des faibles (en particulier des consommateurs pauvres, des familles nombreuses) voilà le rôle de l'Etat, il doit donc faire cesser ses interventions injustes et n'intervenir que dans le cas d'injustice.

Voici comment traite la question le Compendium de doctrine sociale :

« L'État a le devoir de soutenir l'activité des entreprises en créant les conditions qui permettent d'offrir des emplois, en la stimulant dans les cas où elle reste insuffisante ou en la soutenant dans les périodes de crise. L'État a aussi le droit d'intervenir lorsque des situations particulières de monopole pourraient freiner ou empêcher le développement. Mais, à part ces rôles d'harmonisation et d'orientation du développement, il peut remplir des fonctions de suppléance dans des situations exceptionnelles »
Le rôle de l'Etat est un rôle d'orientation et d'harmonisation morales du développement, en s'abstenant de mettre à la charge des entreprises des charges qu'elles ne peuvent supporter.

Or en France l'Etat crée des conditions qui défavorisent l'activité des entreprises (TVA, prélèvements URSSAF, taxe professionnelle, droit pénal social idéologique, concurrence exagérée et aveugle obligatoire etc.) Ce n'est donc pas plus, mais moins d'Etat et à plus juste escient qu'il convient de réclamer.

Il est donc très ambiguë de réclamer plus d'Etat, car la crise est arrivée par l'intervention idéologique de l'Etat américain et non par l'absence d'Etat et/ou l'excès des marchés. Voir mes précédents posts ici et ici.

5 commentaires:

Pascal G. a dit…

En accord complet avec vous.
1/ Le mythe jacobin de l'Etat-Nation em!poisonne les esprits de la droite catholique françaises et européenne, la faisant adhérer à un socialisme feutré, qui n'a rien de soft, si on en mesure les conséquences réelles sur la disparition du rôle et des libertés des corps intermédiaires.
2/ La crise financière actuelle n'est pas celle du marché ou du libéralisme ou encore moins de l'ultra libéralisme mais celle de l'étatisme hérité de Roosevelt et de Keynes, conjugué au monopole abusif de l'émission de la monnaie, et donc de sa manipulation.
La matérialisme et l'absence de morale publique ont fait le reste.
Mais ceux-ci, comme vices, sont tout autant présents dans le socialisme démocratique européen ou jacobin français.

Denis Merlin a dit…

Je vous remercie de cet excellent commentaire.

Je pense en effet qu'il nous faut retrouver un certain nombre d'idées abandonnées sous l'influence des révolutionnaires. RAwls mort en 2002 est aussi très important, c'est lui l'inspirateur de la HALDE et le responsable de la crise financière. Cela est occulté par les médias.

Un autre écueil est celui de lire les enseignements du Saint Siège dans les journaux forcément hostiles. Nos amis traditionalistes le font... Un des grands avantages d'Internet est de pouvoir lire dans le texte.

Enfin, les clercs sont les clercs, ils ont leur problématique. Si le Saint Siège apporte énormément par un enseignement très subtil (les musulmans trouvent l'enseignement du Christ et de son Eglise extrêmement compliqué) et véritablement divin, nous, nous sommes libres même intellectuellement à l'égard des clercs. Nous ne pouvons tout attendre d'eux, il nous faut de l'imagination et de l'initiative pour ceux que nous aimons...

Les droits acquis des peuples autochtones sont une piste inexplorée à ma connaissance.

Ph.Maxence a dit…

Je découvre seulement maintenant votre réaction à mon éditorial. Lequel a été trop vite écrit et reste imprécis. Je vous donne donc entièrement raison sur le fait que l'on ne doit pas tout attendre de l'État et Pascal G. a raison également de mettre en avant le rôle des corps intermédiaires, ce qui reste peu courant de la part d'un libéral. Le peu de place dont je dispose pour l'éditorial de l'Homme Nouveau ne m'a permis d'être aussi clair qu'il l'aurait fallu. Donc acte, vous avez bien fait de soulever ce point.
En revanche, je ne me reconnais ni dans les sous-entendus qui feraient de moi un militant de l'État-Nation, que nous avons, au contraire, souvent critiqué dans l'Homme Nouveau, ni un traditionaliste qui ne le lirait pas à la source les textes du Saint-Siège. Ce n'est pas une accusation sérieuse.
Je trouve également amusante l'affirmation qui veut que les clercs sont les clercs, manière de dire que l'on prend dans l'enseignement romain ce qui conforte nos propres opinions et que l'on rejette ce qui dérange, sous prétexte de liberté, de pragmatisme ou de connaissance du terrain, etc. Oui, nous devons être libres à l'égard des clercs, mais si nous sommes catholiques notre imagination doit être là pour essayer de mettre en application ce que l'Église nous enseigne en matière politique, économique et sociale. Comme le rappelait, par exemple, Jean-Paul II dans Centesimus annus, en parlant de Léon XIII : "Si Léon XIII en appelle à l'Etat pour remédier selon la justice à la condition des pauvres, il le fait aussi parce qu'il reconnaît, à juste titre, que l'Etat a le devoir de veiller au bien commun et de pourvoir à ce que chaque secteur de la vie sociale, sans exclure celui de l'économie, contribue à le promouvoir, tout en respectant la juste autonomie de chacun d'entre eux. Toutefois, il ne faudrait pas en conclure que, pour le Pape Léon XIII, la solution de la question sociale devrait dans tous les cas venir de l'Etat. Au contraire, il insiste à plusieurs reprises sur les nécessaires limites de l'intervention de l'Etat et sur sa nature de simple instrument, puisque l'individu, la famille et la société lui sont antérieurs et que l'Etat existe pour protéger leurs droits respectifs sans jamais les opprimer (37)." Entre le tout État socialiste et le non État libéral, il y a semble-t-il une autre voie possible, en fonction du bien commun. Jean-Paul II souligne ailleurs dans la même encyclique :
"Rerum novarum s'oppose — comme on l'a dit — à l'étatisation des instruments de production, qui réduirait chaque citoyen à n'être qu'une pièce dans la machine de l'Etat. Elle critique aussi résolument la conception de l'Etat qui laisse le domaine de l'économie totalement en dehors de son champ d'intérêt et d'action. Certes, il existe une sphère légitime d'autonomie pour les activités économiques, dans laquelle l'Etat ne doit pas entrer. Cependant, il a le devoir de déterminer le cadre juridique à l'intérieur duquel se déploient les rapports économiques et de sauvegarder ainsi les conditions premières d'une économie libre, qui présuppose une certaine égalité entre les parties, d'une manière telle que l'une d'elles ne soit pas par rapport à l'autre puissante au point de la réduire pratiquement en esclavage." Si les uns et les autres, nous sommes d'accords sur la place et le rôle des corps intermédiaires, dans le cadre décrit par Jean-Paul II, je ne peux que me réjouir de voir défendu une conception d'une économie libre.

Denis Merlin a dit…

Cher monsieur Maxence,

Merci d'être venu sur mon modeste et confidentiel blog. Je n'ai que quelques lecteurs fidèles que je remercie de leur fidélité.

Je ne suis pas libéral, même pas en économie. Je suis catholique et j'accepte tous les enseignements de l'Eglise sur les questions morales. C'est une doctrine divine.

La laïcité vient de la doctrine de l'Eglise. Ce n'est pas pour nier l'importance des clercs que je pense aux initiatives des laïcs. C'est l'application de la doctrine de l'Eglise et celle de saint Paul qui nous demande de ne pas avoir un esprit de timidité. Loin de moi l'idée d'amoindrir l'importance de l'enseignement ecclésial, au contraire ! Mais les clercs ne peuvent ni ne doivent approuver toutes nos initiatives en ce qu'elles relèvent de la prudence dans la gestion du bien commun. Nous ne pouvons les engager, ni ne devons tenter de les engager.

Navré d'avoir été un peu fort dans les termes vous concernant, j'admire en vous l'humilité et l'attachement à l'Eglise. Je vous remercie encore de votre intervention.

Denis Merlin a dit…

J'ajoute que je suis d'accord avec votre difficile combat pour le Christ-Roi.

Mais il m'avait paru intéressant de noter une erreur.

Cela dit je ne vous crois pas "traditionaliste" ni partisan de l'Etat-nation, j'avais noté cela afin de faire progresser la connaissance de la doctrine sociale (du moins c'est ce que je voulais), qui est ma référence en même temps que la vôtre, j'ai cédé à mon tempérament polémique... Nous sommes bien d'accord.