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9.4.11

La guerre picrocholine de monsieur Madiran contre la "Conférence des responsables de culte(s)"


Sur le site du quotidien "Présent", à propos d'un communiqué des responsables catholiques participant à la Conférence des responsables de culte" monsieur Madiran titre : "Une apostasie confirmée".

Les participants catholiques visés par l'éditorialiste semblent être les évêques et notamment le cardinal Vingt-trois, président de la conférence épiscopale.

Voici la phrase du CRCF incriminée :

« La déclaration des responsables de cultes publiée la semaine dernière [dans La Croix du 30 mars] témoigne de la capacité des diverses traditions de transcender les appartenances religieuses, de déconfessionnaliser le débat et d’inviter “à la veille de rendez-vous électoraux importants” à affronter les vraies questions. »

Cette phrase témoignerait d'une "apostasie" des évêques dont aucun ne se serait désolidarisé de cette déclaration.
En effet poursuit l'éditorialiste de "Présent", les religions transcendent l'ordre politique et se situerait nécessairement au-dessus de lui. Les religions n'auraient aucunement à se soumettre au politique et la religion catholique en particulier qui a reçu l'ordre de Dieu de sanctifier l'humanité et de la conduire au salut éternel.
Monsieur Madiran en conclut que les évêques ont déserté l'acte extérieur de la foi.
Monsieur Madiran confond deux notions pourtant bien distinctes : la religion et la foi.
La religion est une relation de l'homme à Dieu concrétisée par des croyances et des rites communs aux religionnaires. Elle présente une bonne part humaine et partant faillible.
En revanche, la foi est une vertu donnée par Dieu, on peut perfectionner sa foi, mais on ne peut perfectionner la foi qui donne accès à un message de Dieu à l'humanité. (La vertu de foi peut, elle, bien sûr, être perfectionnée dans l'individu. Ici le mot "foi" désigne le message de la foi).
Il faut soigneusement distinguer les deux notions.
Benoît XVI a traité de cette question dans ses encycliques "Deus caritas est" et "Caritas in veritate" et j'en ai parlé dans un de mes précédents posts :
"(...) la raison doit être purifiée par la foi, (Deus caristas est 28 A, Caritas in veritate 56) et la religion (1) doit être purifiée par la raison (Caritas in veritate 56).

Dans cette perspective, à titre d'exemple, la déclaration "Dignitatis humanae", fondée sur le droit naturel, constitue une purification par la raison de la perception erronée de la doctrine du Christ-Roi [par certains religionnaires catholiques].

(1) La religion et non la foi car la foi est infaillible, nous venant de Dieu, mais la religion doit être purifiée, car elle est aussi humaine. La religion relie l'homme à Dieu, elle a sa composante humaine et la raison doit "purifier" cette composante. Cela met toutes les religions du monde en situation d'une "purification" par la raison de l'homme."

Aussi n'y a-t-il aucune erreur et a fortiori aucune "apostasie" (!!!) dans la déclaration commune du CRCF, donc du cardinal Vingt-trois.

Les religions, y compris la religion catholique, doivent être purifiées par la raison, en tout ce qu'elles ont d'humain et d'erroné. La politique est le domaine de la raison universelle de l'homme (elle n'exclut pas la croyance, car il est raisonnable de croire). Il est donc tout à fait recommandé de "déconfessionaliser" le débat politique et c'est une grande victoire des participants à cette CRCF de l'avoir compris et de l'avoir dit et de l'avoir fait partager en particulier aux responsables musulmans.

Comme la raison transcende, donc corrige les religions, la politique, domaine de la raison universelle doit corriger les religions dans tout ce qu'elle ont de contraire aux droits fondamentaux de l'homme.



16.7.09

Extention de la notion de "Purification" dans les encycliques récentes de Benoît XVI

La notion de "purification" tient une place centrale dans l’œuvre de Benoît XVI. Elle reçoit une extension nouvelle dans la doctrine de l'Eglise. Elle est un élément mis en lumière récemment.

Dans la doctrine de l'Eglise jusqu'à Benoît XVI, cette notion de "purification" semble surtout utilisée en spiritualité. L'âme individuelle, doit se purifier du péché, c'est la purification de l'âme ou du cœur.

Cette notion prend une extension plus grande dans le discours de Jean-Paul II, où la purification n'est plus seulement individuelle, mais doit s'étendre à l'histoire collective, par sa relecture en vue d'une "purification" de l'action actuelle. (Message pour la journée mondiale de la paix 1997)

Avec Benoît XVI, cette notion s'étend à de plus vastes domaines, elle est aussi utilisée de façon plus insistante :

La nécessité de la purification s'étend à nos recherches de vrai et de bien, (Caritate in veritate 1) et même à l'amour d’éros qui doit se purifier par la réunification de l'esprit et du corps (Deus caritas est 4) par l'unicité du mariage.

Enfin, la raison doit être purifiée par la foi, (Deus caristas est 28 A, Caritate in veritate 56) et la religion (1) doit être purifiée par la raison (Caritate in veritate 56).

Dans cette perspective, à titre d'exemple, la déclaration "Dignitatis humanae", fondée sur le droit naturel, constitue une purification par la raison de la perception erronée de la doctrine du Christ-Roi.

(1) La religion et non la foi car la foi est infaillible, nous venant de Dieu, mais la religion doit être purifiée, car elle est aussi humaine. La religion relie l'homme à Dieu, elle a sa composante humaine et la raison doit "purifier" cette composante. Cela met toutes les religions du monde en situation d'une "purification" par la raison de l'homme.

12.10.09

Vérités de foi et vérités de raison dans le domaine juridique civil.

2050 Le pontife romain et les évêques, en docteurs authentiques, prêchent au peuple de Dieu la foi qui doit être crue et appliquée dans les mœurs. Il leur appartient aussi de se prononcer sur les questions morales qui sont du ressort de la loi naturelle et de la raison.

2051 L’infaillibilité du magistère des pasteurs s’étend à tous les éléments de doctrine y compris morale sans lesquels les vérités salutaires de la foi ne peuvent être gardées, exposées ou observées.


CEC http://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P71.HTM

Commentaire : 2050 : la foi a des conséquences sur les mœurs. La foi a des applications pratiques dans les mœurs. Mais il existe des questions doctrinales de mœurs qui ne sont pas du « ressort » de la foi, mais du « ressort » de la loi naturelle et de la raison.


Sens de « ressort » pris au sens figuré :

2. P. ext., loc. verb. Être du ressort de qqn. Être de la compétence de. Synon. être du domaine de, être dans les attributions de, concerner, ressortir à, relever de. Il se récusait quand il avait à juger leurs séances de prestidigitation [des virtuoses]. Il disait que ces exercices de mécanique étaient du ressort du Conservatoire des Arts et Métiers (ROLLAND, J.-Chr., Révolte, 1907, p. 437).

Autrement dit : Commentaire : 2050 : la foi a des conséquences sur les mœurs. La foi a des applications pratiques dans les mœurs. Mais il existe des questions doctrinales de mœurs qui ne sont pas du domaine de la foi, mais ressortissent à la loi naturelle et à la raison.

Commentaire 2051 : L’infaillibilité du magistère s’étend à ces deux domaines. Celui de la foi et celui de la raison et donc de la loi naturelle.


Statut du croyant catholique : le magistère redresse les faux raisonnements, les conclusions fautives de la raison. Si sa raison ne « voit » pas ce que le magistère enseigne, il sait par la foi qu’il y a quelque chose de faux dans son raisonnement. Sa raison est puissamment aidée.

Statut de la personne non-catholique : le magistère s’adresse à elle (comme le font les papes dans les encycliques traitant du domaine de la loi naturelle), comme elle est douée de raison, elle devrait pouvoir accéder à ces vérités par elle-même et accorder son assentiment par le simple usage de sa raison. Cependant, dans certains cas, la passion ou la faiblesse peuvent l’empêcher de « voir » la vérité. Dans d’autres cas les personnes acatholiques « verront » la vérité rationnelle exprimée sans pour autant continuer à refuser la foi. Ces personnes (celles qui voient et celles qui ne voient pas) peuvent (au même titre que les croyants catholiques) aider à l’approfondissement de la doctrine et à la purification de la religion catholique par leurs objections.

Sur ces vérités rationnelles l’accord universel doit se faire. Car la raison est l’expression de l’unité de l’esprit humain. Son domaine est universel.

C’est pourquoi les juges laïcs, et en général toutes les autorités étatiques donc laïques ne peuvent invoquer que la raison. Elles ne peuvent jamais invoquer des vérités de foi pour « motiver » leurs décisions. Dans le cas où le consensus populaire se prononce en faveur du Christ-roi, soit du règne du Christ, les autorités peuvent aider leur raison de l’autorité dont le Christ a investi ses ministres, mais même dans ce cas les décisions auront la raison pour fondement. Les décisions générales (lois) ou particulières (jugement, mesures personnelles) ne doivent jamais être arbitraires, mais toujours soumises à loi naturelle qui n’est autre que la loi éternelle divine inscrite dans le cœur (donc dans la raison) de tout homme. (encyclique Libertas).

7.8.10

Mon commentaire censuré sur le film "Poison violent"

Comment aller du film pédopornographique "Poison violent" loué par le quotidien de l’épiscopat, à la liberté religieuse ?

La liberté religieuse étant le droit pivot des droits de l'homme, il n'est pas étonnant qu'il en soit très souvent question. En l'occurrence ce film attaque gratuitement la religion catholique.

J’ai commenté le post du "Salon Beige" relatif à ce film. J'ai fait remarquer que cet horrible film violait aussi la liberté religieuse des catholiques en utilisant la religion à des fins lucratives et pédopornographique et en déformant la doctrine catholique afin de vilipender cette religion gratuitement.

En effet, les croyances, des êtres humains quels qu’ils soient et les croyances quelle qu'elles soient et à condition qu'elles n’enfreignent pas les droits de l’homme, sont sacrées. On ne peut s’en emparer à des fins de moqueries.

J’ai eu des échanges avec le nommé « brennou » (quel horrible pseudonyme !). Mais un de mes plus importants commentaires a été censuré. Souvent mes commentaires sont perdus, cependant en l'occurrence, je l'ai sauvegardé sur mon ordinateur, donc voici l'échange tel qu'il n'a pu avoir lieu.

D'abord, voici ce que le Salon beige a publié de moi :


La liberté religieuse est définie par "Dignitatis humanae" comme une donnée de la raison qui permet à l'être humain d'honorer la divinité selon sa conscience. Elle est un corollaire du 1er commandement.

Cette liberté n'est pas absolue, fondée sur la raison elle est limitée par la raison. Elle est sociale et non individuelle.

Ne pas confondre avec l'obligation qu'ont tout homme et toute société de se soumettre au Christ sous peine de châtiments (Quas primas).

Concrètement la liberté religieuse me donne le droit de pratiquer ma religion, sans que l'on en déforme la doctrine pour la ridiculiser, sans qu'on la vilipende, sans qu'on la moque, sans qu'on l'insulte ou que l'on m'insulte ou se moque de moi parce que je la professe et la pratique.

Ce droit naturel fondé sur la raison universelle de l'homme est opposable à tous.

Les critiques des religions sont certes possibles, voire nécessaires dans certains cas, mais doivent rester rationnelles, contradictoires, en vue de la purification rationnelle des pratiques religieuses et des religions en général.

Ce n'est évidemment pas le cas de ce film moqueur, menteur, pédopornographique, provocant à la pédophilie, diffamateur et néanmoins loué par la quotidien de l'épiscopat.

Ma "doctrine" n'est pas ma "doctrine", mais ce que je crois avoir compris du Compendium et de divers textes de Benoît XVI et du cardinal Bertone et naturellement de "Dignitatis humanae" à laquelle je vous renvoie.

« @ Denis Merlin
J'aime mieux "Quas primas" !
Tant que la liberté religieuse défend la religion catholique, c'est facile. Mais en dehors d'elle ? L'erreur a-t-elle droit à la liberté ?
"Qui n'est pas avec Moi, est contre Moi !"
Le social passera, cette parole ne passera pas ! »

Voici maintenant ce qui a été censuré par le « Salon beige » :

@ brennou : Vous croyez être supérieur aux autres parce que vous êtes chrétien, c'est cela qui vous trompe. Vous n'avez aucun titre à imposer par la violence vos opinions que vous prenez pour le règne du Christ.

Pire ! En vous revendiquant du Christ-Roi et de la violence religieuse, vous commettez un horrible blasphème.

Il vous manque je pense, de la culture surtout juridique et des notions permettant de classer le social en le distinguant de l'individuel, le théologique du juridique ( le droit : science sociale et exclusivement sociale), le laïc du religieux, le domaine de la raison du domaine de la foi etc.

Le terme "social" est ici pris au sens de "relation entre les êtres humains", il s'oppose à "individuel".

Donc vous luttez contre le règne du Christ en croyant lutter pour. Il n'y a pas à opposer "Quas primas" à "Dignitatis humanae", les deux textes sont cohérents entre eux, "Dignitatis humanae" le dit expressément.

Lisez, relisez et méditez ces deux textes.

http://www.vatican.va/holy_father/pius_xi/encyclicals/documents/hf_p-xi_enc_11121925_quas-primas_fr.html

http://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_decl_19651207_dignitatis-humanae_fr.html


Vous avez pour excuse que Paul VI fut un des plus grands violateurs de la liberté religieuse des catholiques, ce qui n'a pas peu contribué à vous tromper.

Vous avez pour excuse le niveau lamentable de la vie intellectuelle française qui se réduit à l'opposition entre libéraux et marxistes d'une part et "intégristes" d'autre part.

Les deux partis se réunissent, sans s'en apercevoir, sur la violation de la liberté religieuse, en théorie (pour les "intégristes") et en pratique (pour les progressistes).

Je vous mets en garde également contre la littérature du type de celle de l'abbé Barthe. Cette littérature vous fait croire que le Vatican est rempli de machiavéliens uniquement préoccupés de leurs carrières, il jette indirectement le discrédit sur les textes infaillibles de l'Eglise. »


Il nous reste à deviner pourquoi cette dernière réplique a été censurée.

14.1.10

Purification des religions par la raison.

(1)

La raison qui est source de vérité pour l'homme (et seule source commune à l'humanité entière), peut et doit purifier les religions des éléments erronés (par exemple les superstitions) ou qui vont contre la raison. Elle doit le faire pour toutes les religions. Elle doit le faire parce qu'elle est source de vérité et que la vérité ne se divise pas. Cette purification est fondée sur la dignité de la raison humaine ; cette raison est universelle et s'impose à tous.


C'est pourquoi toute religion doit se purifier des éléments qui vont contre les dix commandements, soit la liberté religieuse, le droit à la vie et tous les droits de l'homme.

Hitoriquement les objections, des Lumières par exemple donc celles de Locke si cher à madame Rivet, loin d'avoir été stériles ont, au contraire, permis une réflexion sur la religion. Cette réflexion par les papes, avait pour objet de réfuter les erreurs, les excès des "Lumières", mais aussi une purification de la religion, même chrétienne. C'est ce que n'admettent pas ceux qui récusent l'idée de purification et donc de progrès de la religion par l'examen rationnel de la morale et du droit de cette religion.

Ces réflexions de la papauté n'ont rien introduit de nouveau, mais ont permis un approfondissement rationnel dans la fidélité au message inchangé et clos depuis la mort de saint Jean l'évangéliste.

C'est pourquoi il n'est pas faux de dire que la raison peut et doit purifier les religions, toutes les religions.


(1) Image : petit torrent d'eau pure descendant du "Bric froid" (Italie) août 2009

12.8.11

Communion dans la main et purification de la religion

La distribution de l'eucharistie par des laïcs ou plus largement des personnes dont les doigts ne sont pas consacrés est aujourd'hui critiquée par un savant évêque Mgr Schneider, (évêque d'Astana au Kazakhstan). Cet article savant est transcrit par le "Forum catholique", je pense important de le lire si l'on est catholique.

Comment se fait-il que des papes aient encouragé ou au moins fermé les yeux, et encore aujourd'hui, sur des comportements sacrilèges à l'égard de l'eucharistie ?

Comment se fait-il que des laïcs distribuent la communion et que la communion soit distribuée dans la main, sans que le Saint Siège ne dise rien ? C'est pourquoi je suis un catholique critique, comme le pape lui-même nous y encourage en enseignant que toute religion a besoin de purification par la raison de même que la raison est purifiée et éclairée par la foi.

"La raison a toujours besoin d’être purifiée par la foi, et ceci vaut également pour la raison politique, qui ne doit pas se croire toute puissante. A son tour, la religion a toujours besoin d’être purifiée par la raison afin qu’apparaisse son visage humain authentique. La rupture de ce dialogue a un prix très lourd au regard du développement de l’humanité."

Caritas in veritate § 56 in fine.


La dernière phrase critique le laïcisme (pour moi un fondamentalisme de la raison) et les "fondamentalismes" religieux. Il me semble que "fondamentalisme" est ici employé au sens de fidéisme, soit d'une attitude qui dénie toute valeur à la raison au moins dans les domaines de la foi et de la religion.

En attendant, les attitudes "religieuses" post Vatican II, qui consistent à distribuer la communion dans la main sont condamnées par la droite raison et par l'histoire et cette indifférence condamne, je m'en excuse, la politique des derniers papes, sauf respect pour eux (je ne suis pas, je ne suis plus sédévacantiste).

Cela dit les sédévacantistes et les lefebvristes ne pourraient-ils pas dire au pape : "- Nous nous sommes battus contre le sacrilège et vous n'étiez pas là !" Ce à quoi le pape pourrait répondre : "- Vous avez eu raison de vouloir purifier ma religion, comme je vous y ai invité."

10.11.12

Les trois conditions du Pape selon Mgr Fellay

Selon un sermon de Mgr Fellay du 1er novembre 2012, notre Pape Benoît XVI pose trois conditions aux lefebvristes pour leur réintégration dans l'Eglise :

1) Magistère juge authentique
• La première est qu’il nous faut reconnaître que le magistère est le juge authentique de la Tradition apostolique – cela veut dire que c’est le magistère qui nous dit ce qui appartient à la Tradition. C’est vrai. Mais évidemment les autorités romaines vont l’utiliser pour dire : vous reconnaissez cela, donc maintenant nous décidons que le Concile est traditionnel, vous devez l’accepter. 


Mgr Fellay est d'accord pour dire que le magistère est le juge de la Tradition. Mais il n'est pas d'accord à cause des conséquences de cette affirmation doctrinale. Donc il est d'accord et il n'est pas d'accord. C'est typique de Mgr Lefebvre. Il ne veut pas accepter les conséquences pratiques de son affirmation doctrinale.

Et c’est d’ailleurs la deuxième condition.
 
• Il faut que nous acceptions que le Concile fasse partie intégrante de la Tradition, la Tradition apostolique. Mais là nous disons que la constatation de tous les jours nous prouve le contraire. Comment pourrait-on tout à coup dire que ce Concile est traditionnel ? Il faut avoir complètement changé le sens du terme ‘Tradition’ pour pouvoir dire une telle chose. Et effectivement on se rend bien compte qu’ils ont changé le sens du mot ‘Tradition’ ; car ce n’est pas pour rien qu’au concile Vatican II ils ont refusé la définition de saint Vincent de Lérins qui est la définition tout à fait traditionnelle : « Ce qui a été cru par tous, partout et toujours ».

Je ne sais pas d'où Mgr Fellay tire que Vatican II a « refusé » la « définition » de saint Vincent de Lérins. D'ailleurs cet événement, serait-il authentique, il ne prouverait rien contre les textes de Vatican II. Si le Pape décide que  le Concile Vatican II fait partie de la Tradition, je ne vois pas à quel titre, en vertu de quelle autorité, Mgr Fellay refuse d'écouter le Pape à ce sujet. Il semble qu'il invoque sa raison, ses constatations. Mais le seul argument de fait qu'il invoque est le prétendu refus de la formule de saint Vincent de Lérins extrinsèque aux textes. C'est une anecdote rapportées par on ne sait qui, et ne présente en tous cas qu'une importance très marginale. Il faut discuter des textes, pas des anecdotes rapportées par tel ou tel (de même qu'il ne faut pas croire les rumeurs au sujet du Pape, elles n'ont aucun intérêt).

Monseigneur poursuit :

« "Ce qui a été cru" est un objet. Maintenant, pour eux, la Tradition est quelque chose de vivant, ce n’est plus l’objet, c’est ce qu’ils appellent le « sujet Eglise », c’est l’Eglise qui grandit. C’est cela la Tradition, qui d’âge en âge fait de nouvelles choses, accumule ; et cette accumulation est une Tradition qui se développe, qui augmente. Ce sens est vrai aussi mais il est accessoire. »

La tradition est vivante parce qu'elle est représentée par un vivant et des vivants. Le Pape est vivant, il est dans l'histoire. Les évêques sont vivants, ils sont dans l'histoire. Lorsque le Pape parle, il prophétise. Il décide, il enseigne. La Tradition, c'est ce qui a toujours été cru, mais dont le père de famille vivant tire du neuf avec du vieux (Mt. 13, 52) . 

Profondément, ce qu'il y a derrière de reproche de Mgr Fellay, c'est la conviction que le Pape est moderniste.

Voici comment Monseigneur voit l'aggiornamento : Il pense que l'aggiornamento , c'est du modernisme. C'est le passage de Pascendi du pape saint Pie X auquel Monseigneur fait allusion : 

33. Et d'abord pour la foi. Commune à tous les hommes et obscure, disent-ils, fut la forme primitive de la foi: parce que précisément elle prit naissance dans la nature même et dans la vie de l'homme. Ensuite elle progressa, et ce fut par évolution vitale, c'est-à-dire non pas par adjonction de nouvelles formes venues du dehors et purement adventices, mais par pénétration croissante du sentiment religieux dans la conscience. Et ce progrès fut de deux sortes: négatif, par élimination de tout élément étranger, tel que le sentiment familial ou national; positif, par solidarité avec le perfectionnement intellectuel et moral de l'homme, ce perfectionnement ayant pour effet d'élargir et d'éclairer de plus en plus la notion du divin, en même temps que d'élever et d'affiner le sentiment religieux.
Pour expliquer ce progrès de la foi, il n'y a pas à recourir à d'autres causes qu'à celles-là mêmes qui lui donnèrent origine, si ce n'est qu'il faut y ajouter l'action de certains hommes extraordinaires, ceux que nous appelons prophètes, et dont le plus illustre a été Jésus-Christ. Ils concourent au progrès de la foi soit parce qu'ils offrent dans leur vie et dans leur discours quelque chose de mystérieux dont la foi s'empare et qu'elle finit par attribuer à la divinité, soit parce qu'ils sont favorisés d'expériences originales, en harmonie avec les besoins des temps où ils vivent. Le progrès du dogme est dû surtout aux obstacles que la foi doit surmonter, aux ennemis qu'elle doit vaincre, aux contradictions qu'elle doit écarter. Ajoutez-y un effort perpétuel pour pénétrer toujours plus profondément ses propres mystères.
Ainsi est-il arrivé, pour nous borner à un seul exemple que, ce quelque chose de divin que la foi reconnaissait en Jésus-Christ, elle est allée l'élevant et l'élargissant peu à peu et par degrés, jusqu'à ce que de lui finalement elle a fait un Dieu. Le facteur principal de l'évolution du culte est la nécessité d'adaptation aux coutumes et traditions populaires, comme aussi le besoin de mettre à profit la valeur que certains actes tirent de l'accoutumance. Pour l'Eglise enfin, c'est le besoin de se plier aux conjonctures historiques, de s'harmoniser avec les formes existantes des sociétés civiles.
Comparaison n'est pas raison contrairement suppose le discours de Mgr Fellay. Mgr Fellay ne voit pas que l'adaptation du discours aux circonstances nouvelles, n'est pas le changement de substance de la foi. Approfondissement n'est pas changement. A la décharge de Mgr Fellay, il faut dire qu'il est aidé dans son erreur par un certain nombre d'autorités catholiques qui, en fait, adhérent à cette idée du changement de substance de la foi. Par exemple lorsque Mgr Podvin attaque Pie IX (voir mon post sur la question). D'autres aussi prétendent que la chrétienté n'est plus permise, même en espoir, contre la doctrine du Christ-Roi. Alors que la doctrine de Vatican II ne condamne l'idée de chrétienté en rien, elle ne fait que l'affiner en faisant observer que le chrétien est solidaire de l'humanité entière, ce qui est dans l'évangile (Mt 7,12), donc que la chrétienté respecte les droits universels de l'homme qui comprennent la liberté religieuse. Vatican II est ainsi purification de la religion (condamnation de la doctrine de la tolérance religieuse, par exemple)

• En troisième point, il faut accepter la validité et la licéité de la nouvelle messe.
 J’avais envoyé à Rome les documents du Chapitre général, notre Déclaration finale qui est claire, et nos conditions pour éventuellement, lorsque cela viendra, être d’accord sur une possible reconnaissance canonique. Conditions sans lesquelles il est impossible de vivre ; ce serait se démolir tout simplement. Car accepter tout ce qui se fait aujourd’hui dans l’Eglise, c’est nous démolir. C’est abandonner tous les trésors de la Tradition.

On ne voit pas à quel titre Mgr Fellay voudrait imposer juridiquement son opinion selon laquelle le nouveau rite (ou, selon Summorum pontificum, la nouvelle forme du même rite) serait illicite et invalide. Il est de foi qu'un rite promulgué et édité par un Pape ne peut être scandaleux. L'Institut du Bon Pasteur démontre qu'il est possible de ne célébrer que selon l'ancien rite en restant en communion avec le Saint-siège. Mgr Fellay n'a aucun titre à imposer son opinion à l'Eglise universelle. De plus il affirme que le mouvement "traditionaliste" ne vit que des critiques et que sans les critiques, il meurt. Mais on ne vit pas pour critiquer, on vit par amour pour Celui qui nous aimé en premier (ce qui est fort rassurant, dans le fond). Il faut vivre pour édifier. Le mouvement traditionaliste peut vivre sans imposer ses opinions, ne serait-ce parce qu'il na pas autorité pour le faire. Il n'y a qu'une autorité doctrinale souveraine au monde : c'est le Pape et personne d'autre. En face de lui, les hommes ne peuvent invoquer juridiquement que leurs droits naturels et pas la foi.

Les lefebvristes ont été scandalisés par l'attitude des autorités ecclésiastiques qui ont bafoué les droits de fidèles, c'est vrai. Aussi je comprends les "traditionalistes", et les désapprouve en même temps. Il faut garder la foi malgré les scandales.