10.6.10

Selon l'extrême-droite l'enseignement social de l'Eglise marque une rupture récente

Je pratique la controverse sur un site d'Action française maurrassien à propos de la liberté religieuse, de la liberté de conscience et des idéologies d'extrême-droite, voire d'extrême-gauche hostile aux "droits de l'homme".

Voici la réponse que me suis attirée de la part d'un nommé "Antiquus". Je ne répondrai pas sur le blog compte tenu de la tournure aigre que prend la controverse :

"L'argumentation de Denis Merlin, quoique conforme aux injonctions de l'Eglise postconciliaire, est défectueuse.
D'abord, il faut souligner le caractère dérisoire de cette obstination à vouloir monter dans le train en marche des droits de l'homme, tout en feignant-contre l'évidence des textes- de croire que l'Eglise aurait toujours approuvé cette théorie. Un coup d'oeil sommaire sur les textes pontificaux jusqu'à Pie X suffit à faire justice de cette proposition. Pour ne pas ennuyer les lecteurs de ce blog, je citerai seulement quelques textes des papes : de Pie IX, à propos des idées libérales: "La Maçonnerie les adopte, s'en fait gloire, les propage et construit sur ce néant l'édifice trompeur des Droits de l'homme."
Dans la liste des propositions condamnées et que l'on ne peut soutenir sans être anathème:
"La liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme qui doit être proclamé et garanti dans toute société". et plus loin:"ils ne craignent pas de soutenir cette opinion erronée, funeste au maximum pour l'Eglise catholique et le salut des âmes, que notre Prédécesseur Grégoire XVI d'heureuse mémoire qualifiait de " délire " : " La liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme. Ce droit doit être proclamé et garanti par la loi dans toute société bien organisée."
Je pourrais en citer des pages entières. Comment une telle imposture peut-elle être soutenue par M. Denis Merlin? Tout simplement en jouant sur les mots, en tranformant en un droit subjecttif touchant à tous les aspects de la vie sociale ce qui est un effet de la volonté divine: appeler les hommes au salut. C'est ainsi que Pie X écrivait:"la religion, règle suprême et souveraine maîtresse quand il s'agit des droits de l'homme et de ses devoirs". (...)
En conclusion, le choix pour l'Eglise de retourner sa veste au sujet des DDH est récent, il date de Pie XII (hé oui) et il est un calcul stratégique. Celui de ne pas isoler l'Eglise. Je pense que ce calcul était erronné. Enfin, je vous saurais gré dans ce forum, de respecter vos débatteurs, et de ne pas chercher à nous mettre des étiquettes d'ailleurs toutes inexactes: nantistes, lefebvristes, nouvelle Droite, etc.. Nous sommes tous des royalistes, et nous discutons librement avec ou sans le secours de la foi. C'est cela l'Action Française."

Il me semble nécessaire pour apaiser les esprits de citer complètement les extraits invoqués par "Antiquus". Je les trouve sur le site de la FSSPX qui cite des textes qui la condamnent :

"que la liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme ; qu’il doit être proclamé dans tout Etat bien constitué et que les citoyens ont droit à la pleine liberté de manifester hautement et publiquement leurs opinions, quelles qu’elles soient, par la parole, par l’impression ou autrement, sans que l’autorité ecclésiastique ou civile puisse le limiter"

La liberté religieuse selon "Dignitatis humanae" n'est pas la liberté de proclamer des opinions "quelles qu'elles soient". Il existe, selon Dignitatis humanae" des limites à la liberté religieuse. Et l'autorité ecclésiastique ou civile peut et même doit la limiter (par exemple l'appel au meurtre sous couvert de religion doit être interdit).

Ce que ne comprennent pas non plus nos amis maurrassiens, lefebvristes et assimilés, en lisant le Syllabus, c'est cette prémisse sous entendue : que seule l'Eglise a un titre à intervenir dans les affaires de conscience et dans les affaires de culte. Faute de titre, l'Etat (1) n'a pas l'initiative dans ces matières et s'il la prend, il faute. Il n'a un titre qu'à favoriser l'action de l'Eglise et à favoriser le salut de tous y compris des acatholiques par des lois conformes au droit naturel et par conséquent aux droits de l'homme.

Quant à l'affirmation : "Pie X écrivait:"la religion, règle suprême et souveraine maîtresse quand il s'agit des droits de l'homme et de ses devoirs", ils ne s'aperçoivent pas que cette déclaration les condamne puisqu'il n'existe aucune autorité supérieure au pape en matière de religion et qu'en le reprenant pour de prétendues contradictions avec ses prédécesseurs, ils s'opposent aux conséquences immédiates de la sentence de saint Pie X.

Il n'existe aucune autorité religieuse dans le monde à part le pape et les évêques unis au pape. Ne cherchez pas, aucune autorité ne s'exprime au nom de Dieu à part les autorités de l'Eglise catholique. Lui imputer des mobiles machiavélique, même baptisé "stratégique" est une injure envers cette autorité. Il n'y a pas d'autres soucis de la part de l'Eglise que celui du développement de tout l'homme et des tous les hommes.

(1) A fortiori les particuliers

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Puisque vous êtes juriste, vous devez savoir qu'un droit est attaché à une situation particulière. Par exemple le droit de jouir d'un bien n'est pas donné à tout le monde, mais à une seule personne: son propriétaire. La polémique que vous avez avec votre correspondant maurrassien réside dans cette notion de droit, à laquelle renvoie ce terme de droit de l'homme. Et là, il n'est pas niable que cette appellation n'est pas satisfaisante. Le droit positif, en effet, est à la fois:
-opposable
-limité
-prescriptible
Or les "droits de l'homme" selon la définition qu'on en donne, ne sont pas attachés à une situation particulière, mais portés par chaque membre de l'espèce humaine. De plus, de votre aveu même, ils sont à la fois
-inopposables. (vous ne pouvez aller trouver un juge et demander qu'il condamne l'autorité à vous donner un emploi au motif que vous êtes au chômage)
-illimités
-imprescriptibles
Excusez-moi, mais il y a là une absurdité; si les droits de l'homme sont aussi anciens que l'humanité, pourquoi l'esclavage a t-il été considéré comme légitime pendant des siècles, y compris par l'Eglise et pas seulement aux colonies? Les droits de l'homme ne sont donc pas des droits mais un simple discours. De plus ce discours est le plus souvent utilisé de manière partiale. Bref, j'estime qu'il est permis de contester cette construction intellectuelle, simplement au nom de la rigueur juridique.

Denis Merlin a dit…

Cher monsieur,

Le terme "droit" a deux acceptions :

- soit l'ensemble des normes juridiques impersonnelles. C'est le droit objectif.

- soit la possibilité personnelle d'exiger une action ou une abstention. C'est le droit subjectif accordé à une personne ou un groupe de personne. C'est le "droit" entendu au sens subjectif.

Les droits de l'homme (droit subjectifs correspondant à des devoirs) sont de droit naturel (insérés et fondés sur le droit naturel objectif), donc ils sont antérieurs et au-dessus du droit positif. Le droit positif ne peut les abolir.

On distingue les obligations positives (venir en aide à une personne en danger ; (afin de libérer les personnes scrupuleuses, je précise : venir en aide sous certaines conditions) de l'obligation négative (par exemple : ne pas tuer).

Les obligations positives sont conditionnées. Les obligations négatives sont inconditionnées.

Le devoir de ne pas tuer est évidemment le fondement du droit de ne pas être tué. C'est la vision du même objet sous deux angles différents (celui du titulaire du droit et celui à qui est imposée une obligation).

Les "droits de l'homme" sont fondés sur la nature de l'homme capable de vérité et de volonté (même si le sujet concret ne l'est pas hic et nunc) et créé à l'image de Dieu. Ils sont (comme le dit Jean XXIII quelque part) des devoirs. Un droit suppose un créancier titulaire d'un droit et un débiteur, débiteur d'un devoir. Cela ne peut se concevoir autrement. Le droit est une notion sociale.

En conséquence, ils sont imprescriptibles parce que relatif à une nature, à ce que l'homme est. Ils ne sont pas attachés à une situation particulière mais ont des effets dans les situations particulières.

Quant aux droits inopposables, vous faites allusion à une obligation positive de la part du débiteur. Or à l'impossible nul n'est tenu, donc les droits opposables ne sont opposables que dans la mesure où le débiteur peut s'acquitter de sa dette. Dans cette perspective les droits correspondant à des obligations positives ne peuvent être illimités.

Question historique : l'esclavage a été toléré par Moïse qui en a, sur l'ordre de Dieu, limité les cruautés (voir la Bible). L'Eglise a donc condamné l'esclavage mais elle n'a pas d'autorité directe sur la société civile. Elle prend les gens là où ils sont. Sainte Clotilde a incité ses fils à la vengeance contre son oncle (leur grand-oncle), mais c'était excusable conformément aux moeurs du temps.

Il y a un progrès de l'esprit humain. L'esclavage a été toléré par Moïse parce que les générations de cette époque étaient encore incapables d'entendre certaines vérités pourtant valables pour tous. Ensuite l'Eglise a toléré elle aussi l'esclavage tout en le réprouvant. Elle l'a toléré contrainte et forcée. C'est une question historique.

A ma connaissance l'Eglise a toujours lutté contre l'esclavage. Elle n'avait pas partout la force publique avec elle. N'oubliez pas la "Pragmatiques sanction" et autres textes juridiques aujourd'hui totalement périmés, mais qui témoignent d'une mentalité. Selon monsieur Alain Besançon la Révolution française a éclaté au moment ou les monarchies catholiques s'apprêtaient à liquider le Saint Siège (in "La Confusion des langues"). La Révolution aurait ainsi rendu un service involontaire à l'Eglise.

Mais surtout cette question est historique et ne doit pas empiéter, ni encore moins nous être un guide pour notre appréciation absolue et actuelle des droits-devoirs de l'homme.

Je vous précise à toutes fins utiles comme je le fais à mes interlocuteurs m'opposant des éléments de l'histoire de l'Eglise, que je ne suis pas l'Eglise catholique.