15.1.07

Tout individu est ineffable

"Tout individu est ineffable" était paraît-il un adage de la scolastique.

"Individu", c'est que qui ne peut être divisé sans perdre sa substance. Un chien sera toujours "ce" chien et pas un autre, on ne peut le diviser pour avoir deux chiens. La question du clonage n'est pas une objection puisqu'on aura deux individus et non un seul.

A rapprocher de la liste des dix catégories d'hier, on s'aperçoit que bien sûr chaque catégorie peut connaître une infinité de données.

Exemple : la quantité. Rien qui ne semble plus facile à cerner. Il semble qu'en quelques lignes tout sera dit du chien que vous rencontrez pendant votre promenade. Et pourtant quand vous aurez son poids, sa masse, sa taille au garrot, en haut de la tête, ses pattes leurs longueurs, leurs largeurs, ses yeux, son poitrail, ses dents, son cœur etc... Vous n'aurez presque rien dit de l'aspect quantité de cet individu... On voit bien que vous n'en finirez jamais. Car après avoir tout mensuré, il faudrait encore parler des rapports de ces quantités entre elles, puis par rapport aux mensurations des être vivants, des mammifères, de l'espèce, de la race, du sexe et encore et encore d'autres critères.

Donc même dans la seule catégorie de la quantité un individu est ineffable. Que sera-ce alors dans la catégorie "qualité" ? Et des autres catégories. On n'en finira jamais de parler de cet individu, et même il est impossible d'en parler complètement, exhaustivement. Tout individu est ineffable.

C'est la même vérité exprimée autrement, lorsque Gilson fait remarquer que tout discours opère une section, une sélection dans la réalité. Le discours ne dit qu'une infime partie de la réalité qu'il exprime. Le discours c'est une petite partie, prélevée dans une petite cuillère, de l'océan de la réalité. Cela ne veut pas dire qu'il n'est pas une partie de la réalité, mais une petite partie et même une infime partie.

Cela condamne aussi les doctrines, les théories qui auraient la prétention de rendre compte de la totalité de la réalité, de la totalité du monde.

Monsieur Dupont-Aignan dans son livre "Etre et Parler français" cite Claudel, qui aurait dit "ce que vous pouvez apporter de meilleur au monde, c'est vous" Il emploie ce mot pour nous encourager à parler français parce qu'il nous dit que ce qui peut le plus enrichir le monde, c'est notre identité.

Si l'on passe du domaine de la culture au domaine individuel, il est bien évident qu'un être humain qui est constitué surtout par sa possibilité de penser, est encore plus ineffable qu'un chien.

Sa pensée qu'il pourra communiquer par sa langue, par son discours, elle est aussi ineffable.

C'est pourquoi la liberté de penser est le principe social qui fonde une société bien constituée. Bien sûr, il ne s'agit pas d'une liberté de pensée qui délierait le discours de la réalité (sauf fiction ou poésie) ou du respect dû aux autres, mais d'une liberté intimement liée au fait que le discours, lui aussi, est impuissant à exprimer la totalité de la pensée que tout discours exprime une pensée ineffable dans sa totalité.

Donc "vive les blogs", exprimez-vous pour vous, et aussi pour les autres, car ce que vous pouvez apporter de mieux au monde, c'est votre pensée.

1 commentaire:

Marie a dit…

Qui dit qu'un chien ne pense pas ?

Peut être qu'eux, les chiens, pensent que les hommes ne pensent pas :-))

J'aime bien penser que tout ce qui est vivant sur notre terre se vaut.