30.1.07

L'Histoire de l'Humanité vue comme poème.

Cet extrait s'insère au début de ce résumé, Bonaventure vient d'examiner la largeur de l'Ecriture. Il va ensuite en examiner la longueur.

Citation:
2. La Longueur de l'Ecriture Sainte

1. La sainte Ecriture Sainte possède aussi une Longueur consistant dans la description des temps et des âges, depuis l’origine du monde jusqu’au jour du jugement. Elle décrit en effet le cours du monde en trois temps : Celui de la loi de nature, celui de la loi écrite et celui de la loi de grâce dans ces trois temps, l'Ecriture Sainte distingue sept âges. Le premier va d’Adam à Noé, le deuxième de Noé à Abraham, le troisième d’Abraham à David, le quatrième de David jusqu’à l’exil de Babylone, le cinquième de l’exil au Christ, le sixième du Christ à la fin du monde, le septième court en même temps que le sixième et va du repos du Christ dans le sépulcre à la résurrection universelle. Alors commencera le huitième âge, celui de la résurrection.

Ainsi, l’Ecriture Sainte est d’une grande longueur, car son exposé commence à l’origine du monde et du temps, au début de la Genèse, et se termine à la fin du monde et du temps, à la fin de l’Apocalypse.

A juste titre, le temps universel qui s’écoule sous les trois lois, la loi donnée intérieurement, la loi donnée extérieurement et la loi inspirée d’en-haut parcourt les sept âges et se consomme à la fin du sixième, pour qu’ainsi le déroulement du monde corresponde à son origine, que le déroulement du macrocosme corresponde au déroulement de la vie du microcosme, c’est-à-dire de l’homme pour lequel il a été créé.

Le premier âge du monde durant lequel eut lieu sa formation, la chute des démons et la confirmation des anges correspond, en effet, au premier jour où fut créée la lumière et où la lumière fut séparée des ténèbres Le deuxième âge durant lequel, par l’eau et le déluge, les bons furent sauvés et les méchants anéantis, correspond au deuxième jour où, par le firmament, les eaux furent séparées d’avec les eaux. Le troisième âge, durant lequel Abraham fut appelé et la synagogue commença, qui devait porter du fruit en engendrant une progéniture pour le culte de Dieu, correspond au troisième jour où apparut la terre et où elle produisit la verdure. Le quatrième âge durant lequel fleurit la royauté et le sacerdoce, car le roi David rehaussa le culte divin, correspond au quatrième jour où furent créés les luminaires et les étoiles. Le cinquième âge durant lequel les exilés furent ballottés et tourmentés au milieu de nombreux peuples correspond au cinquième jour où les eaux grouillèrent de poissons. Le sixième âge durant lequel le Christ est né sous les traits de l’homme, lui qui est vrai ment l’image de Dieu, correspond au sixième jour où fut créé le premier homme. Le septième âge qui est le repos sans fin des âmes correspond au septième jour où Dieu se reposa après tout l’ouvrage qu’il avait fait.

Ces sept âges se distinguent ainsi par les choses remarquables qui y furent faites en leur début, en raison desquelles ils correspondent aux jours de la création du monde. Le premier âge est appelé petite enfance car, comme toute l’enfance sombre dans l’oubli, ainsi ce premier âge a été enseveli par le déluge. Le deuxième, c’est l’enfance car, comme dans la jeunesse, nous commençons à parler, ainsi, dans ce second âge, eut lieu la distinction des langues. Le troisième âge, c’est l’adolescence car, de même qu’alors la force génératrice commence à agir, ainsi Abraham fut appelé et la circoncision lui fut proposée et la promesse d’une postérité lui fut donnée. Le quatrième âge, c’est la jeunesse car, comme dans la jeunesse s’épanouit l’homme, ainsi au quatrième âge la synagogue fleurit sous les rois. Le cinquième âge, c’est la vieillesse car, comme dans la maturité les forces diminuent et la beauté se dégrade, ainsi en fut-il du sacerdoce des juifs durant l’exil. Le sixième âge, c’est la sénilité, car de même que la sénilité est liée à la mort et possède cependant une grande lumière de sagesse, ainsi le sixième âge du monde se termine avec le jour du jugement et dans son déroulement fleurit la sagesse par la doctrine dû Christ.

Ainsi donc, tout ce monde est décrit par l’Ecriture Sainte dans un déroulement ordonné s’écoulant depuis le début jusqu’à la fin, à la manière d’un magnifique poème bien réglé où l’on peut contempler dans le déroulement du temps la variété, la multiplicité et l’équité, l’ordre, la rectitude et la beauté des nombreux jugements divins procédant de la sagesse de Dieu qui gouverne le monde Comme personne ne peut voir la beauté d’un poème que si son regard se porte sur l’ensemble, ainsi personne ne voit la beauté de l’ordre et du gouvernement de l’univers s’il ne le contemple dans sa totalité. Or, personne ne vit assez longtemps pour que ses yeux de chair en perçoivent le cours total et personne ne peut par soi-même prévoir l’avenir. L’Esprit Saint y pourvoit en nous donnant le livre de l'Ecriture Sainte dont la longueur se mesure au déroulement du gouvernement de l’univers.


Breviloquium Résumé de la Foi Catholique par St Bonaventure traduction de Arnaud Dumouch 2004, téléchargeable ici

http://docteurangelique.free.fr/

Ce texte c'est que l'on pourrait appeler le résumé de la théologie de l'Histoire.

Je pense qu'il doit y avoir une erreur de traduction, lorsque Monsieur Dumouch parle de "sénilité", il doit vouloir signifier "sénescence".

Cet âge est donc marqué par l'affaiblissement des forces et de la beauté, mais acquiert, par compensation, la sagesse.

En effet la sénilité est une maladie, la sénescence est le cours normal de la vieillesse. La vieillesse est parfois l'occasion d'une grande sagesse, d'une grande sérénité et donc d'une grande sagesse.

Vous noterez, chers amis, le lien étroit de l'humanité avec le peuple juif, dans ce texte du Moyen-age, le professeur de St Thomas calque l'histoire du peuple juif sur celle de l'humanité depuis Abraham jusqu'à Jésus-Christ.

Vous y trouvez aussi la notion de progrès, il est bien évident que lorsqu'on atteint le grand âge, si vous me permettez de filer la métaphore, soit on gâtise, on radote de vieilles histoires du temps de la jeunesse, soit on devient très sage, très philosophe.

Dans tout cela, ne perdons pas de vue le but que se propose l'Ecriture :

Citation:


1. Dans une telle multiplicité de sagesse qui est contenue dans la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur de l'Ecriture Sainte, il n’est qu’un seul mode de procéder, à savoir un mode authentique dans lequel sont contenus la narration, le précepte, la défense, l’exhortation, la prédication, la menace, la promesse, la prière et la louange. Tous ces modes reposent, à juste titre, sur un seul mode authentique.

Car le but de cette doctrine est de nous rendre bons et de nous sauver.


ibidem

L
e premier âge tombe dans l'oubli, comme le premier âge de l'humanité qui est aussi enveloppé de mystères. Comme notre âge à nous êtres humains individuel, nous ne nous souvenons pas de nos premières années...

2 commentaires:

Marie a dit…

Je n'ai pas le temps de lire l'article dans son intégralité maintenant.

Mais je ne sais pas qui était Bonaventure..... Vous auriez dû le présenter un peu parce qu'il y a sûrement d'autres lecteurs qui sont aussi ignorants que moi en la matière.

Denis Merlin a dit…

Marie, Bonnaventure est un surnom sous lequel on connaît Jean de Fidanza, un théologien dont je donne la biographie résumée trouvée sur jesusmarie.com

"Saint Bonaventure : Jean de Fidanza (1217-1274)

né à Bagnorea, près d'Orvieto, sa vie reste entourée de zones d'ombre. Il est étudiant à Paris durant les années 1232-1246, et entre chez les Frères Mineurs, ordre fondé par François d'Assises, en 1243. Il aurait suivit l'enseignement d'Alexandre de Hales (mort en 1245) ainsi que celui de Jean de la Rochelle. De 1253 à 1255, il est maître régent, titulaire de la chaire franciscaine de la faculté de théologie de l'Université de Paris, au moment où Thomas enseigne chez les Dominicains. Le 3 juin 1273, il est promu cardinal, évêque d'Albano. Il meurt ministre général des Francicains, le 15 juillet 1274. (...) Il a été canonisé en 1482 et déclaré docteur de l'Eglise en 1587."

du site jesusmarie.com

Je crois qu'il a été professeur de Thomas d'Aquin, dominicain qui est le prince de théologien (un peu comme Bach est le prince des musiciens)