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23.9.07

Le bien commun est l'amour

De Koninck (mort en 1965) poursuit sur le bien commun

« Le bien commun est meilleur, non pas en tant qu’il comprendrait le bien singulier de tous les singuliers : il n’aurait pas alors l’unité du bien commun en tant que celui-ci est en quelque façon universel ; il serait pure collec­tion, il ne serait que matériellement meilleur. Le bien commun est meilleur pour chacun des particuliers qui y participent, en tant qu’il est communicable aux autres particuliers : la com­municabilité est la raison même de sa perfection. Le particulier n’atteint le bien commun sous la raison même de bien commun qu’en tant qu’il l’atteint comme communica­ble aux autres. Le bien de la famille est meilleur que le bien singulier, non pas parce que tous les membres de la famille y trouvent leur bien singulier : le bien de la famille est/{8} meilleur parce que, pour chacun des membres individuels, il est aussi le bien des autres. Cela ne veut pas dire que les autres sont la raison de l’amabilité propre du bien commun ; au contraire, sous ce rapport formel, les autres sont aimables en tant qu’ils peuvent participer à ce bien. »

Autrement dit, le bien commun n’est pas le bien de toutes les personnes composant la société en tant que bien singulier de chaque personne (il est cela, mais pas seulement) il est surtout le bien communicable aux autres dans lequel chacun participe, reçoit et donne un bien qui dépasse, sans le nier, son bien singulier. C’est en raison de cette communicabilité qu’il est plus parfait que le bien purement singulier. Le bien commun n'est pas une collection de biens singuliers de chacun, il est un bien communicable où chacun participe et communie à un bien unique.

Par exemple le respect mutuel que se porteront les divers membres de la famille sera le bien de la mère. Mais ce bien de la mère est aussi le bien des autres membres, des filles, des fils, du mari, mais ce bien de chacun est plus que la somme des biens de chacun car il est commun et non une somme de biens singuliers. Ce bien commun accroîtra l’amour que se portent les membres de la famille non parce que chacun sera plus heureux (bien singulier de chacun), mais parce que cet amour et ce bonheur sera commun et unique et non une somme.

Cette doctrine scolastique du bien commun est donc la doctrine de l’amour. Les liens de l’amour ne sont pas des liens qui asservissent mais des liens qui libèrent.

Ah comme les intégristes qui diffusent ces textes ne doivent pas les lire pour aller faire des retraites d’où l’on sort en disant qu’il suffit de faire son salut individuel !

Je leurs suis quand même gré d’avoir permis de les lire, car ils mélangent malheureusement ces textes sublimes avec d’autres de bien moindre intérêt (voire inintéressants)

En d’autres termes si aujourd’hui nous nous préoccupons du bien de l’humanité entière (respect de la femme, des droits de l’homme, droits des salariés, des pauvres) nous oeuvrons au bien commun. Ce bien commun est aussi notre bien d'individu et il ne nie pas notre bien singulier (qu’il ne nous faut pas oublier).

Le texte de De Koninck (un saint, pour moi) peut être lu ici sur le site salve-regina.com

22.9.07

Le bien commun n'annihile pas le bien singulier

Dans son ouvrage sur la primauté du bien commun, Charles De Koninck poursuit sa réflexion sur le bien commun en établissant que le bien commun est plus désirable que le bien singulier.

Gaudium et Spes dit aussi que le bien commun consiste en ce que les droits de tous soient respectés.

§ 2. Mais en même temps grandit la conscience de l'éminente dignité de la personne humaine, supérieure à toutes choses et dont les droits et les devoirs sont universels et inviolables. Il faut donc rendre accessible à l'homme tout ce dont il a besoin pour mener une vie vraiment humaine, par exemple : nourriture, vêtement, habitat, droit de choisir librement son état de vie et de fonder une famille, droit à l'éducation, au travail, à la réputation, au respect, à une information convenable, droit d'agir selon la droite règle de sa conscience, droit à la sauvegarde de la vie privée et à une juste liberté, y compris en matière religieuse.

Ce bien commun n'est évidemment pas réalisé en France, sauf peut-être pour la nourriture et le vêtement. Les droits moraux en particulier sont violés.

"droit de choisir librement son état de vie et de fonder une famille, droit à l'éducation, au travail, à la réputation, au respect, à une information convenable, droit d'agir selon la droite règle de sa conscience"

Peut-on dire sérieusement que le droit de choisir son état de vie, de fonder une famille (ou de ne pas la fonder), le droit à une éducation familiale et impartiale, au travail, à la réputation (j'ai une décision particulièrement révoltante d'un juge) sont vraiment protégés ?

Et pourtant ces droits en tant qu'ils sont pour tous, sont plus désirables pour moi, que ceux qui concernent moi seul et alors même qu'ils seraient respectés pour moi. C'est la primauté du bien commun (Charles De Koninck).

Sont particulièrement chargés du bien commun, les magistrats.

C'est pourquoi d'ailleurs les magistrats français, croyant que je leur demandais justice égoistement pour moi, ne s'apercevaient pas que je la demandais pour tous. Ils se sont moqués de moi. Je ne leur demande plus rien, car ces actions n'ont aucune influence, sont totalement inefficaces. Ces imbéciles croyaient que j'agissais contre des personnes, alors que j'agissait pour la justice.

Mais il faut bien saisir que même si le bien commun est plus désirable pour moi que le bien singulier, il ne s'ensuit nullement que le bien singulier de ma personne ne soit pas désirable. Au contraire, il l'est lui aussi car il fait lui aussi partie du bien commun de tous.

21.9.07

Bien commun ou bien public ?

Le bien commun est un bien qui est propre à chacun. Si je peux rentrer chez moi sans être importuné, si les bons récompensé et les méchants punis, voire exclus, c'est un bien qui est commun à tous.

Notons que pour les "philosophes" des "Lumières" le bien public semble être une personne qui s'oppose à "bien particulier", une autre personne.


Montesquieu écrit dans "L'Esprit des Lois" :

"Ces premières lois leur acquièrent la liberté les secondes, la propriété. Il ne faut pas décider par les lois de la liberté, qui, comme nous avons dit, n'est que l'empire de la cité, ce qui ne doit être décidé que par les lois qui concernent la propriété. C'est un paralogisme de dire que le bien particulier doit céder au bien public: cela n'a lieu que dans les cas où il s'agit de l'empire de la cité, c'est-à-dire de la liberté du citoyen ; cela n'a pas lieu dans ceux où il est question de la propriété des biens, parce que le bien public est toujours que chacun conserve invariablement la propriété que lui donnent les lois civiles.

Cicéron soutenait que les lois agraires étaient funestes, parce que la cité n'était établie que pour que chacun conservât ses biens.

Posons donc pour maxime que, lorsqu'il s'agit du bien public, le bien public n'est jamais que l'on prive un particulier de son bien, ou même qu'on lui en retranche la moindre partie par une loi ou un règlement politique. Dans ce cas, il faut suivre à la rigueur la loi civile, qui est le palladium de la propriété."

L'Esprit des Lois Livre XXV, CH. XV.

[Note personnelle "palladium" c'est la "statue de Pallas, considérée comme un gage de salut public chez les Troyens" du dictionnaire "Hachette" 2004.]


On constate que dans la logique de Montesquieu la société représente un sorte d'ennemie du particulier.

Or le bien particulier ne s'oppose pas au bien commun, car le bien commun est un bien propre à tous (riches et pauvres, hommes et femmes etc.), il est propre et commun. Le bien commun s'oppose au bien singulier.

Exemple de bien singulier : vivre dans une grande maison, manger tous les jours à sa faim des plats recherchés.

Exemple de bien commun : vivre entre gens respectueux des droits de l'homme.

Gaudium et Spes définit ainsi le bien commun

"le bien commun, c'est-à dire cet ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu'à chacun de leurs membres, d'atteindre leur perfection d'une façon plus totale et plus aisée "

Gaudium et Spes document du Concile Vatican II 7 décembre 1965 du site jesusmarie.com consultable ici

Le bien commun enrichit chacun des membres de la société. Si je suis travailleur ou fournisseur, la certitude d'être payé fait partie du bien commun. Si je suis une femme la certitude d'être respectée fait partie du bien commun, car c'est aussi un bien pour les hommes. Si je suis propriétaire la certitude d'avoir ma propriété respectée, mais aussi celle des non-propriétaires de savoir que la propriété sera utilisée pour le bien de tous fait partie du bien commun. La moralité des juges fait partie du bien commun. Et ainsi de suite à l'infini.

Et c'est pourquoi, c'est la vertu des familles qui fait la force des nations, car c'est dans la famille que se reçoit principalement l'éducation morale.

C'est pourquoi aussi le bien commun d'un ensemble plus vaste ne peut jamais s'opposer au bien commun d'un ensemble plus restreint et contenu dans le premier.

Le bien commun de l'humanité ne réside pas dans la destruction du bien commun d'une nation. Sinon le bien commun n'est plus commun, il devient une entité qui se retourne contre le bien de chacun et, en l'occurrence de la nation contenue dans l'humanité.