13.11.11

Ordre public et religions, commentaire sur un extrait du discours du cardinal Vingt-Trois

La cardinal Vingt-Trois a parlé dans son discours d'ouverture de l'assemblée plénière de l'épiscopat de novembre 2011 de l'"ordre public" et de la "Déclaration universelle des droits de l'homme" en ces termes :



"Répétons-le encore une fois, une lutte efficace contre les comportements fanatiques ne viendra pas d'une exclusion des religions de l'espace public. Elle suppose, au contraire, une meilleure connaissance des religions et un apprentissage pratique de leur coexistence. La déclaration universelle des Droits de l'Homme et ses prolongements ont plus de pertinence que ses défenseurs ne le croient parfois. La liberté de conscience n'est pas seulement une liberté privée, elle suppose une liberté de culte et de manifestation publique de ses croyances dans le respect de l'ordre public. La responsabilité républicaine authentique porte donc sur ce respect de l'ordre public et non sur l'organisation des religions. Quelques-unes de ces questions ont été reprises lors du colloque organisé par la Conférence des Responsables de Culte en France au Sénat le 17 octobre dernier."

Il n'y a pas opposition entre exclusion des religions de l'espace public et meilleure connaissance de celles-ci. On peut très bien imaginer un gouvernement fanatiquement laïciste qui connaisse les religions et un gouvernement fanatiquement "catholique" qui exclue les autres religions parce qu'il les connaîtrait. La "coexistence" des religions n'est pas un but en soi. On peut imaginer une société unanimement vouée à une religion, sous la réserve de respecter les droits de éventuels convertis à une autre religion et sur le fait que l'adhésion à la religion soit raisonnable, conforme à la raison. La pluralité des religions est un fait, elle n'est pas un droit, elle n'est pas une nécessité. La Déclaration universelle n'est pas une déclaration des droits des religions. C'est une déclaration des droits de l'homme. La liberté religieuse est un droit de l'homme seul ou groupé à accomplir des actes religieux, mais pas un droit "des religions".

La liberté de conscience est une liberté privée et n'est pas arbitraire. La liberté de conscience est une liberté du jugement moral. Ce jugement ne peut être qu'individuel. "La liberté de culte et de manifestation des croyances dans le respect de l'ordre public", n'est pas plus une liberté limitée par un "ordre public" arbitraire qui serait le fait que les voitures ne soient pas brûlées dans la rue. L'ordre public est un ensemble de valeurs, il est d'abord immatériel. Cet ordre public comprend, par exemple, le droit au mariage, le droit à ne pas être insulté en raison de ses croyances, le respect des droits spéciaux de l'enfant, le respect des finances publiques justes etc. L'ordre public, c'est la justice et la vérité pour tous. Certes, l'État n'a pas à interférer dans l'organisation des religions ; mais ce n'est pas absolu, l'ordre public informe tout, en cas de structure injuste, en cas de prédication contraires aux droits universels de l'homme, en vertu de l'ordre public l'État a le devoir d'intervenir dans la mesure de sa compétence (il doit non seulement tolérer, mais encore, dans certains cas il ne doit pas empêcher certaines injustices).

La liberté de conscience ne s'oppose pas à l'ordre public, elle en fait partie. (1)

Enfin l'enthousiasme pour la Déclaration universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948 doit être modéré par le fait que celle-ci a fait l'objet de "réserves justifiées" reprises à son compte par le pape Jean XXIII dans "Pacem in terris";

« 144 – Nous n’ignorons pas que certains points de cette Déclaration ont soulevé des objections et fait l’objet de réserves justifiées. Cependant, Nous considérons cette Déclaration comme un pas vers l’établissement d’une organisation juridico-politique de la communauté mondiale. Cette Déclaration reconnaît solennellement à tous les hommes, sans exception, leur dignité de personne ; elle affirme pour chaque individu ses droits de rechercher librement la vérité, de suivre les normes de la moralité, de pratiquer les devoirs de justice, d’exiger des conditions de vie conformes à la dignité humaine, ainsi que d’autres droits liés à ceux-ci. »

Cette déclaration est donc un instrument utile au service des droits de l'homme, mais elle a besoin d'intégrer des progrès sur des points particuliers (par exemple indissolubilité du mariage)


(1) Dignitatis humanae nous donne des éléments entrant de l'ordre public, justement à propos de la liberté religieuse et par là évoque ce qu'est l'"ordre public" :

En outre, comme la société civile a le droit de se protéger contre les abus qui pourraient naître sous prétexte de liberté religieuse, c'est surtout au pouvoir civil qu'il revient d'assurer cette protection; ce qui ne doit pas se faire arbitrairement et à l'injuste faveur d'un parti mais selon des normes juridiques, conformes à l'ordre moral objectif, requises par l'efficace sauvegarde des droits de tous les citoyens et de leur pacifique accord, et par un souci adéquat de cette authentique paix publique qui consiste dans une vie vécue en commun sur la base d'une vraie justice, ainsi que par le maintien, qui se doit, de la moralité publique. Tout cela fait fondamentalement partie du bien commun et entre dans la définition de l'ordre public. 

12.11.11

Mgr d'Ornellas et les autres méprisent les droits des enfants

 Je suis effaré par les soutiens chrétiens à cette pièce où des enfants, oui, des enfants, sont utilisés à lancer des projectiles contre une face humaine. C’est contraire aux droits des enfants, c’est de la corruption de mineurs et c’est Castellucci et ses protecteurs qui devraient passer en correctionnelle.


Alors que l'on ne vienne pas me dire que c'est chrétien, que c'est la croix. La pédophilie, c'est chrétien ? Peut-être selon certains, mais moi cela m'est égal, car ce n'est pas humain. Cela me révolte la pédophilie, même si c'est chrétien.


Vous pouvez me fatiguer avec vos considérations chrétiennes sur le message surnaturel, je n'en veux pas de votre message, car il est contraire aux droits de l'homme ou il est exprimé de façon contraire aux droits de l'homme.


Voici sous ce lien la Convention des droits de l'enfant :


http://www.droitsenfant.com/cide.htm

"Article 191. Les États parties prennent toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l'enfant contre toutes formes de violence, d'atteinte ou de brutalités physiques ou mentales, d'abandon ou de négligence, de mauvais traitements ou d'exploitation, y compris la violence sexuelle, pendant qu'il est sous la garde de ses parents ou de l'un d'eux, de son ou ses représentants légaux ou de toute autre personne à qui il est confié."

Il n'y a pas de dérogations "chrétienne" au respect des droits des enfants.

Votre attitude me dégoûte, bandes de salauds, et vous me dégoûteriez, seriez-vous le pape (ce qu'à Dieu ne plaise) ! Dieu lui-même traite l'homme avec respect (Rerum novarum) :


"Il n'est permis à personne de violer impunément cette dignité de l'homme que Dieu lui-même traite avec un grand respect, ni d'entraver la marche de l'homme vers cette perfection qui correspond à la vie éternelle et céleste. Bien plus, il n'est même pas loisible à l'homme, sous ce rapport, de déroger spontanément à la dignité de sa nature, ou de vouloir l'asservissement de son âme. Il ne s'agit pas en effet de droit dont il ait la libre disposition, mais de devoirs envers Dieu qu'il doit religieusement remplir.

Le plus grand respect est dû à l'enfance. Maxima debetur puero reverentia. Un plus grand respect est dû à l'enfance en raison de sa faiblesse et de sa suggestibilité. Vous pouvez sourire obliquement, et regarder en coin en vous rengorgeant dans  la bonne opinion que vous avez de votre intelligence chrétienne, vous me faites pleurer d'indignation.
.

Mgr d'Ornellas féroce contre les faibles

L'archevêque de Rennes, Mgr d'Ornellas critique les manifestations et n'a pas un mot pour les personnes poursuivies et maltraitées. Il a un petit sourire oblique qui dénote sa profonde indifférence au drame qui se déroule pour les manifestants injustement poursuivis.



http://www.gloria.tv/?media=213903 (via le portail "riposte catholique", blog perepiscopus)

On peut le regarder, si l'on veut, mais les âmes sensibles devront s'en abstenir.

"Golgotha picnic" une élue rappelle au respect de la liberté religieuse

Un élue, une seule, madame Chantal Tiberghien s'est émue que l'argent public serve à stigmatiser arbitrairement une catégorie de population en raison de ses croyances.

Elle dit très justement :

http://www.libertepolitique.com/culture-et-societe/7188-golgota-picnic-une-elue-municipale-sengage

« Le spectacle de Golgota Picnic de Rodrigo Garcia, programmé du 8 au 17 décembre 2011, au Théâtre du Rond-Point, relève d’une atteinte au respect des croyances religieuses. L’auteur y déclare, entre autres, que l’iconographie chrétienne est l’image même de la terreur et de la barbarie. Un élu se doit d’intervenir quand un groupe de personnes est insulté sur ses croyances, qu’elles soient juives, chrétienne ou musulmanes. L’art n’est pas au dessus des lois et ne peut être pris en otage ou comme prétexte pour proférer des insultes envers une quelconque religion. La politique annoncée par le maire de Paris, très attentif à la lutte contre les discriminations, ne dit pas autre chose. A lui de prendre ses responsabilités et de faire respecter la loi. »"

Les autres ont voté naturellement les subventions. Elle s'est abstenue...

Pourtant l'article 1er de la constitution dispose que la République française "respecte toutes les croyances" (article 1er 3e phrase)

(via le Salon beige)

Votez pour le mariage

La notion de mariage homosexuel est contraire aux droits de l'homme. Le mariage est l'union d'un homme et d'une femme et rien d'autre, et nécessite le consentement de chacun des contractants.

L'article 16 de la déclaration universelle des droits de l'homme le précise expressément.

On peut voter contre le prétendu "mariage homosexuel" (une incohérence) en allant sur le site de M6. Je sais tout ce que l'on pourra dire sur M6, mais enfin un clic ne coûte pas beaucoup.http://news.fr.msn.com/m6-actualite/

La dénaturation des "Exercices spirituels" par le P. Vallet

Dans ses maximes La Rochefoucault écrit "Les vertus se perdent dans l'intérêt, comme les fleuves dans la mer." C'est une vision radicalement pessimiste de l'être humain et une application de ce qu'a décelé Maritain dans l'idéalisme : "le culte des antinomies". Pour La Rochefoucault, la vertu s'oppose à l'intérêt et l'exclut. Alors que en réalité, une véritable vertu ne nie en rien l'intérêt de celui qui agit. L'homme vertueux agit pour le bien commun, qui est aussi son bien, il n'y a pas antinomie.

Dans son "Du contrat social" Rousseau expose une idée voisine et postule que l'homme n'agit que pour son utilité égoïste et que ce faisant, il fait bien et il fait le bien.

"La famille est donc, si l’on veut, le premier modèle des sociétés politiques : le chef est l’image du père, le peuple est l’image des enfants ; et tous, étant nés égaux et libres, n’aliènent leur liberté que pour leur utilité. Toute la différence est que, dans la famille, l’amour du père pour ses enfants le paye des soins qu’il leur rend ; et que, dans l’État, le plaisir de commander supplée à cet amour que le chef n’a pas pour ses peuples."

La liberté absolue, sans référence à une quelconque vérité autre que l'utilité, serait le bien de l'homme. Selon Rousseau, l'homme n'aliène sa liberté qu'en vue de son utilité personnelle. L'amour du père pour ses enfants devient alors curieusement une récompense des soins qu'il rend à ses propres enfants (et non une conséquence de l'amour gratuit). L'amour devient alors utile au père, ce qui le légitime (!!!). En matière politique, toujours selon Rousseau, le plaisir de commander semble bien exclure l'amour des sujets du commandement. Et c'est encore le plaisir égoïste qui est le lien du chef avec ses semblables.

En conséquence des ces doctrines monstrueuses, l'homme ne peut qu'être un sujet utile à l'homme, sa dignité est niée. (La dignité s'oppose à l'utilité en ce qu'un sujet digne n'est jamais un moyen, mais toujours une fin. La nature spirituelle de l'homme et le fait qu'il est créé à l'image de Dieu est niée au moins implicitement.)

Quand il y a une éclipse, tout le monde est à l'ombre. Ne se pourrait-il pas que ce genre de doctrine aient pollué jusqu'à la prédication des Exercices de saint Ignace en cinq jours selon la méthode du T.R.P. Vallet ?

Voici les "principes et fondement", qui font l'objet d'une méditation particulière dans la fameuse "méthode" :


Principe et fondement

"23 L'homme est créé pour louer, honorer et servir Dieu, notre Seigneur, et, par ce moyen, sauver son âme. Et les autres choses qui sont sur la terre sont créées à cause de l'homme et pour l'aider dans la poursuite de la fin que Dieu lui a marquée en le créant. D'où il suit qu'il doit en faire usage autant qu'elles le conduisent vers sa fin, et qu'il doit s'en dégager autant qu'elles l'en détournent. Pour cela, il est nécessaire de nous rendre indifférents à l'égard de tous les objets créés, en tout ce qui est laissé au choix de notre libre arbitre et ne lui est pas défendu; en sorte que, de notre côté, nous ne voulions pas plus la santé que la maladie, les richesses que la pauvreté, l'honneur que le mépris, une longue vie qu'une vie courte, et ainsi de tout le reste; désirant et choisissant uniquement ce qui nous conduit plus sûrement à la fin pour laquelle nous sommes créés."


Si l'on est habitué aux raisonnements du type idéaliste, on peut facilement tirer de ce texte que les autres hommes sont créés pour êtres utiles au retraitant en vue de la seule chose qui compte (avant même l'amour de Dieu et du prochain) : le salut.

C'est d'ailleurs comme cela que je les ai compris pendant longtemps et, pour cela intuitivement rejetés. Il a fallu que je puisse lire les textes des papes pour m'apercevoir que cette interprétation était fausse (notamment après avoir lu "Spe salvi"). L'homme est un concept collectif désignant tous les hommes. Dans ce texte de saint Ignace, les hommes ne sont pas des "créatures" utiles, c'est tout ce qui est créé, sauf "l'homme" seul sujet, qui est utile etc.

J'ai déjà dit également sur ce blog, que les exercices étaient dénaturés car saint Ignace prévoit un secours "mutuel" entre le  retraitant et celui qui donne les exercices. Or dans la réalité des retraites de cinq jours un seul aide et l'autre reçoit l'aide. J'ai été étonné d'entendre un  jour un prêtre me dire, si mes souvenirs sont bons, mais je crois qu'il le sont, que ma confession (comme celle des autres pénitents) lui procuraient des enseignements et un secours. Et cette remarque charitable est tellement vraie !

(22e annotation : "Afin que celui qui donne les exercices et celui qui les reçoit se prêtent un mutuel secours")

Conseil strictement personnel : gardez-vous de faire ces retraites en cinq jours qui font plus de mal que de bien (car leurs partisans sont souvent scandaleux). Vous risqueriez de vous y voir prêché un rousseauisme spirituel.  Ce rousseauisme, d'autant plus dangereux qu'il est inconscient, est négateur du caractère sacré de l'homme. Cette tendance rousseauiste  explique sans doute la forte opposition que ce genre de retraite rencontre dans les milieux catholiques. Car l'intuition (§ 68, 69 et 96) du peuple, le sensus fidei du peuple est une preuve de la licéité d'un refus de ces retraites.

11.11.11

Été de la Saint-Martin

Bulletin des températures de météo-France pour aujourd'hui :

"Maximales: 8 à 13 du Nord-Est au nord de la Seine, 14 à 19 degrés sur le reste de la moitié nord, 17 à 19 degrés dans le Sud-Est, jusqu'à 21 en Corse. Il fait remarquablement doux dans le Sud-ouest avec 19 à 21 dg en Midi-Pyrénées et 21 à 24 en Aquitaine."


 Le 11 novembre, jour de la Saint-Martin, soldat romain d'origine hongroise, puis évêque de Tours, † 11 novembre 400, ayant vécu en France, il fait doux en France. Le Bon Dieu fait comme cela en souvenir de son saint qui avait partagé, en le coupant avec son glaive, son manteau avec un pauvre qui avait froid. Et cela se poursuit quelques jours après la saint Martin. C'est l'été de la saint Martin.

La Père Zanotti-Zorkine donne son avis sur les manifestations contre Castellucci

La pièce immonde et dangereuse pour la santé personnelle et publique de Castellucci n'en finit pas de cliver les hommes entre les partisans de la liberté d'expression contre la liberté d'expression, et les partisans des droits de l'homme et de la liberté de l'homme et notamment de la liberté religieuse et de la liberté d'expression.

On connaît  l'extraordinaire parcours (il est un ancien artiste de cabaret) et les dons particuliers du Père Zanotti-Zorkine. Il n'est pas un roublard, lui, comme Castellucci et ses protecteurs. Le Père Zanotti nous dit ce qu'il aurait fait s'il avait été Parisien :



(...) dans un interview de Famille Chrétienne à la question :
"Si vous étiez parisien, seriez-vous venu prier le chapelet devant les théâtres ou se jouait la pièce de Castellucci? "
[Le Père Zanotti] répond :
"...j'aurais traversé le Pont-Neuf, et je serai resté, en soutane, dans mon coin comme d'habitude -ne m'en veuillez-pas, je n'aime pas trop les groupes, les manifs, les coups de gueules, les slogans-, mais j'aurais été là, sous la colonne célébrant les victoires napoléonniennes, soutenant de tout mon coeur la jeunesse élancée dont l'ardeur encore verte se plaît, grâce à Dieu, à ruer dans les brancards, à exprimer souvent avec démesure ce que le coeur ressent! Beauté farouche de la jeunesse, à préserver à tout prix, car c'est au fond la chance de notre société et de l'Eglise que de posséder une jeunesse réactive !"
(Extrait du Forum catholique)

Cette jeunesse sur laquelle crachent des évêques. "Ils ne représentent qu'eux-mêmes" dit Mgr d'Ornellas, le souriant sycophante. Mais prétendent-ils autre chose ? Ils ne sont que des êtres humains ordinaires, certes, ce qui justifie le mépris des d'Ornellas et des Catellucci et les poursuites injustes des injustes magistrats auxquelles applaudissent les vieillards. Mais en tant qu'êtres humains, ces jeunes disent haut et fort devant les sycophantes et les persécuteurs "- «L'homme passe infiniment l'homme.» Vous n'avez pas le droit d'attenter à sa liberté, vous n'avez aucun droit contre ses droits, seriez-vous Pape."

Et je les approuve.

La part d'héritage des hommes de bonne volonté

Le Pape, le mercredi 9 novembre a commenté le texte de certains psaumes. Il commence par rappeler qu'après le partage de la Terre promise, les membres de la tribu de Lévi ne reçurent aucune terre, à la différence des onze autres tribus.

Ce statut spécial de la tribu de Lévi (Livre de Josué 13,14)

Les prêtres, qui appartiennent à la tribu de Lévi, ne pouvaient  pas être propriétaires de terres dans le pays que Dieu donnait en héritage à son peuple en réalisant la promesse faite à Abraham (cf. Gn 12, 1-7).  (...)
(...) «Le Seigneur est ma part». Son amour [du psalmiste] pour Dieu et pour sa Parole le conduit au choix radical d’avoir le Seigneur comme unique bien, ainsi que de conserver ses paroles comme un don précieux, plus précieux que tout héritage, et que toute possession terrestre. (...)

(...) Ces versets sont importants (...) pour tous les fidèles, peuple de Dieu appartenant à Lui seul, «royaume de prêtres» pour le Seigneur (cf. 1P 2, 9; Ap 1, 6; 5,10), appelés à la radicalité de l’Evangile, témoins de la vie portée par le Christ, nouveau et définitif «Souverain prêtre» qui s’est offert en sacrifice pour le salut du monde (cf. He 2, 17; 4, 14-16; 5, 5-10; 9, 11 suiv.). Le Seigneur et sa Parole: ce sont notre «terre», où vivre dans la communion et dans la joie.

Laissons donc le Seigneur placer dans notre cœur cet amour pour sa Parole, et nous donner d’avoir toujours au centre de notre existence Lui et sa sainte volonté. Demandons que notre prière et toute notre vie soient éclairées par la Parole de Dieu, lampe pour nos pas et lumière pour notre chemin, comme le dit le Psaume 119 [118 dans la tradition gréco-latine] (cf. v. 105), afin que notre voyage soit sûr, dans la terre des hommes. Et que Marie, qui a accueilli et enfanté la Parole, soit pour nous un guide et un réconfort, étoile polaire qui indique la voix du bonheur.

Alors, nous pourrons nous aussi jouir dans notre prière, comme l’orant du Psaume 16, des dons inattendus du Seigneur et de l’héritage immérité qui est notre sort:

Seigneur, ma part et ma coupe...
La part qui me revient fait mes délices ; 
j’ai même le plus bel héritage! (Ps 16, 5.6).

10.11.11

Le Pape a-t-il prôné une autorité politique mondiale ?

Monsieur Sandro Magister tient un blog où il critique le dernier document publié par la conseil pontifical "Justice et paix". Il prétend que les autorités du Vatican auraient été indisposées par ce document selon lui non approuvé par le cardinal Tarcisio Bertone.

J'extrait ce passage de son article :


(...) ce qui a le plus irrité beaucoup de lecteurs compétents du document du conseil pontifical Justice et Paix, c’est qu’il est en contradiction flagrante avec l'encyclique "Caritas in veritate" de Benoît XVI.
Dans son encyclique, le pape Joseph Ratzinger ne fait pas du tout appel à une "autorité publique à compétence universelle" pour la politique et l’économie, c’est-à-dire à cette espèce de grand Léviathan, inventé on ne sait ni comment ni par qui, dont le document du 24 octobre parle si favorablement.
Dans "Caritas in veritate" le pape parle plus justement de “governance" (c’est-à-dire de réglementation, en latin "moderamen") de la mondialisation, à travers des institutions subsidiaires et polyarchiques. Cela n’a rien à voir avec un gouvernement monocratique du monde.

Or, ce que dit monsieur Magister est le contraite de ce qui est dit dans "Caritas in veritate". L'encyclique parle explicitement d'une autorité politique mondiale :

La mondialisation réclame certainement une autorité, puisque est en jeu le problème du bien commun qu’il faut poursuivre ensemble; cependant cette autorité devra être exercée de manière subsidiaire et polyarchique [138] pour, d’une part, ne pas porter atteinte à la liberté et, d’autre part, être concrètement efficace.

La philosophie chrétienne dit en effet que les éléments constitutifs de la société sont le bien commun (but de la société), une association d'humains, un statut constitutif, et une autorité. Le bien commun étant devenu mondial, il faut donc une autorité mondiale. Il est logique que à bien commun mondial corresponde la création d'une autorité politique mondiale, sinon ce bien mondial ne pourra être efficacement mis en œuvre.

Seulement le Pape demande que cette autorité soit "polyarchique". Il semble viser ici le renouvellement des autorités (la référence renvoie à l'encyclique "Pacem in terris" qui prône la rotation des autorités pour éviter leur vieillissement), à moins qu'il ne vise un gouvernement à plusieurs, par conseil. Selon l'encyclique, l'autorité doit aussi être subsidiaire, c'est-à-dire protectrice de la liberté des sociétés de degrés inférieurs. Elle ne devra donc pas absorber les autorités régionales ou nationales.

Dans un autre paragraphe (le n° 67), il assigne ses buts à cette autorité mondiale :

"Pour le gouvernement de l’économie mondiale, pour assainir les économies frappées par la crise, pour prévenir son aggravation et de plus grands déséquilibres, pour procéder à un souhaitable désarmement intégral, pour arriver à la sécurité alimentaire et à la paix, pour assurer la protection de l’environnement et pour réguler les flux migratoires, il est urgent que soit mise en place une véritable Autorité politique mondiale telle qu’elle a déjà été esquissée par mon Prédécesseur, le bienheureux Jean XXIII. Une telle Autorité devra être réglée par le droit, se conformer de manière cohérente aux principes de subsidiarité et de solidarité, être ordonnée à la réalisation du bien commun [147]s’engager pour la promotion d’un authentique développement humain intégral qui s’inspire des valeurs de l’amour et de la vérité. Cette Autorité devra en outre être reconnue par tous, jouir d’un pouvoir effectif pour assurer à chacun la sécurité, le respect de la justice et des droits [148]. Elle devra évidemment posséder la faculté de faire respecter ses décisions par les différentes parties, ainsi que les mesures coordonnées adoptées par les divers forums internationaux. (...) Le développement intégral des peuples et la collaboration internationale exigent que soit institué un degré supérieur d’organisation à l’échelle internationale de type subsidiaire pour la gouvernance de la mondialisation [149] et que soit finalement mis en place un ordre social conforme à l’ordre moral et au lien entre les sphères morale et sociale, entre le politique et la sphère économique et civile que prévoyait déjà le Statut des Nations Unies."

Donc le document du conseil pontifical sur la crise mondiale respecte l'esprit et la lettre de "Caritas in veritate" ou au moins il ne les viole pas celle-ci en réclamant une autorité mondiale. En conséquence, monsieur Magister, avec une vision "droitière" qui l'aveugle, ne semble pas bien posséder les sujets qu'il traite. Le Salon beige, quant à lui, une nouvelle fois retranscrit sans sourciller ces contre-vérités flagrantes. Il confirme involontairement ainsi qu'il mêle à d'immenses services, des positions partisanes qui le rendent peu fiable au moins dans certains cas.

Non, monsieur Magister, le Pape n'a pas parlé de "governance" ou de seule "réglementation", il a parlé d'une autorité, il a prôné une autorité mondiale subsidiaire, solidaire et polyarchique, certes, mais d'une autorité en chair et en os, et pas seulement d'une "réglementation".