17.3.13

Suicide de Me Metzner

Internet m'apprend le suicide de Me Olivier Metzner dont on a retrouvé le corps ce matin flottant dans la mer au large de son domicile (il vivait sur une île bretonne).

C'était un avocat pénaliste d'origine modeste. Il avait environ un an de moins que moi et avait prêté serment d'avocat en même temps que moi devant la Cour d'appel de Paris, en 1975. Très célèbre, je l'avais souvent vu à la télévision. J'étais impressionné par son talent d'exposition fait de force, de simplicité et de clarté. L'humanité perd un homme de grande valeur.

Il avait défendu de nombreuses célébrités. Dans l'affaire Bettencourt, avocat de la fille, il s'était durement opposé à, Me Kiejman, l'avocat de la mère. La polémique était très violente, selon mes souvenirs entre ces deux avocats. Finalement, chacun avait été dessaisi de son dossier par sa cliente... Bonjour la reconnaissance !

Il avait aussi défendu monsieur de Villepin dont un neveu est aussi avocat et prétend avoir défendu mon père. En réalité, je n'ai jamais pu avoir aucun renseignement sur les affaires prétendument prises en main par ce curieux avocat. A l'époque, où je demandais à être traité sur un pied d'égalité avec les autres membres de la famille, le bâtonnier d'Aix en Provence était monté au créneau pour m'empêcher d'avoir aucun renseignement sur les affaires (pourtant civiles, ni très personnelles, ni intimes) dont j'aurais aimé avoir des nouvelles. Mon père était depuis longtemps incapable de comprendre ce qui se passait lorsque maître de Villepin l'avait "défendu". Je savais d'ailleurs que maître de Villepin, qui se présentait pour mon père, recevait en fait ses instructions d'ailleurs... C'est beau le monde du barreau, de ses "ordres" et autres "traditions".

A part monsieur de Villepin, il avait aussi défendu monsieur Jérôme Kerviel qui l'avait, lui aussi, dessaisi de son dossier.

La TVA sur les honoraires des avocats contribue, elle aussi, à fragiliser l'avocat. Cette horreur bafoue les droits universels de l'homme. J'ai expliqué pourquoi sur ce blog. Ni les syndicats d'avocats, ni les institutions ne s'opposent à cette horreur, que dis-je ne s'opposent ! ne remettent en question, même du bout des lèvres, cet impôt sur le travail et le talent. Cela ne m'étonne pas.

Par la TVA (voir par exemple de mes posts sur la question), l'État exploite le travail, difficile et voué à la défense des droits de l'homme, de l'avocat. C'est prendre le salaire de l'ouvrier, c'est un des crimes qui crie vengeance. C'est aussi un des moyens de faire taire l'avocat pour mieux installer le totalitarisme (comme d'ailleurs l'Ecole nationale de la magistrature qui institue un corps étranger à la nation à l'intérieur de la nation).

Maître Metzner a donc "choisi", comme on dit, de quitter ce monde judiciaire si dur et si corrompu.

Car, selon moi, il n'y a pas de doute, il s'est suicidé. Il avait mis son île en vente depuis quelques mois. Au journaliste qui lui demandait les raisons de cette mise en vente, il avait répondu, sibyllin :


«J'ai un autre projet, je vais encore plus retrouver la mer».

Donc, son suicide était prémédité, et depuis longtemps. Nous sommes très éloigné du "raptus" ou du suicide du déprimé.

Ce suicide évoque aussi le film "Le Grand bleu" où le héros se suicide dans la mer.

Il évoque aussi, pour moi, Raymond Berton, un autre ancien avocat retrouvé un mois de novembre flottant dans les eaux de la Méditerranée. Quelques mois avant, il avait voulu me parler à l'occasion d'une réunion. Toujours sauvage et méfiant dans ce monde si dur, je n'avais pas cherché à poursuivre la conversation. Je l'ai regretté, après coup, lisant qu'il s'était suicidé. Si j'avais su, j'aurais tenté de le consoler... Mais je ne soupçonnais pas qu'il avait de si graves difficultés ! Il semble, en effet, qu'il était très déçu de la probité des magistrats. Il s'est suicidé des mois plus tard, après avoir pris connaissance d'un arrêt de la cour...



Dans un temps, que les moins de cent ans ne peuvent pas connaître, un professeur de philosophie du lycée Thiers de Marseille, au moment de la séparation de fin d'année scolaire, dans sa dernière leçon, avait, paraît-il, pour habitude, lors de son dernier cour, de laisser ce dernier mot à ses élèves : "Messieurs, souvenez-vous, dans la vie que vous allez commencer, que les gens vous paraîtront toujours plus heureux qu'ils ne le seront en réalité."

Méfions-nous donc de l'apparence et soyons toujours indulgents. "Consolez" dit saint Paul.



Seul le Christ peut donner un sens à la vie. Cela ne veut pas dire que seuls les chrétiens peuvent donner un sens à la vie ! Seul le Christ qui, lui, ne déçoit pas, donne un sens à la vie. Dans mon enfance mon père nous avait toujours mis en garde contre le suicide. Mon instituteur de CM2 (à l'époque on disait "7ème"), un grand chrétien militant de la « Cité catholique », nous enseignait que le suicide était une lâcheté et lui aussi nous mettait en garde contre lui. Témoigner, souffrir, souffrir ses fautes, ses hontes, c'est affronter la vie. Nous n'avons pas demandé à vivre, notre vie, ne nous appartient donc pas.

Je ne veux pas accabler les suicidés. Je pense surtout aux avocats et aux juges que j'ai un temps côtoyés et dont de nombreux se suicident. Je sais que l'ambiance du monde judiciaire est souvent irrespirable du fait de la corruption et de la cruauté qui s'ensuit nécessairement. Je sais aussi les vertigineuses responsabilités que prennent, par profession, les acteurs du monde judiciaire. Mais, au terme de ce post, je ne peux laisser croire que j'approuverais ou excuserais le suicide que je réprouve toujours et absolument. "Tu ne tueras point." Même pas toi-même. 

2 commentaires:

taos nora a dit…

Bonjour

je suis très touchée par vos propos je suis très triste aussi je le suis toujours lorsque l'un de mes semblables "s'en va" surtout volontairement. Une vie entière avec tout ce quelle comporte disparait en quelques instants dans une eau glacée.....Merci vous avez beaucoup de classe je vous admire vous écrivez vrai et beau et DOULOUREUX en même temps bien à vous Monsieur......

Denis Merlin a dit…

Merci, Madame, de vos aimables compliments auxquels je suis très sensible.

En effet, le suicide nous touche profondément parce qu'il aussi, une sorte d'agression (peut-être inconsciente) envers ceux qui restent. C'est pourquoi il ne faut pas se suicider. Le cœur humain est un profond mystère que Dieu seul connaît, respectons-nous les uns les autres et aimons nous-mêmes.