24.10.06

Remarques sur l'inteview de Monsieur Raphaël Lellouche sur le discours de Ratisbonne du 12 septembre 2006

Monsieur Lellouche, agrégé de philosophie et docteur de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales se livre dans une interview que l’on peut retrouver ici :

http://www.fahayek.org/gazette/imagesup/lellouche_ratisbonne.pdf

À une critique du discours du pape. Il fait justice d’un certain nombre d’accusations dont notamment celles qui prétendaient que le pape déclarait la guerre à l’islam, voire, plus simplement, le critiquait. Il met en évidence que l’intention du pape est une intention de dialogue. Dans son discours, le pape, selon M. Lellouche, voulait mettre en évidence les conditions préalables à la mise en œuvre du dialogue interculturel. Monsieur Lellouche fait justement observer que le socle du dialogue selon le pape n’est pas, comme le rêve Monsieur Chirac, un abandon total de tous principes, mais au contraire un dialogue « de fermeté » et à « principe ». Le pape observe que le dialogue doit nécessairement être fondé sur la raison. Raison qui est le seul mode de communication entre humains.Selon Monsieur Lellouche il existe une tendance de l’islam rationaliste. Il est donc possible de dialoguer sans demander l’apostasie en se dialoguant avec les tenants de cette tendance musulmane.

Là où l’on ne peut plus suivre Monsieur Lellouche, c’est lorsqu’il craint que le pape exclue le judaïsme du christianisme et qu’il n’y voie qu’une raison grecque.

Il rappelle ainsi que, selon lui, « une partie du clergé catholique allemand tentait de développer une théologie « aryenne », c’est-à-dire, justement, purement grecque et déjudaïsée. On connaît l’importance de la « nostalgie de la Grèce » dans l’esprit allemand. Je reste simplement attentif (…) »

Il serait bon que Monsieur Lellouche cite des noms représentants « cette partie du clergé catholique » des noms, des noms ! Moi, je vois plutôt des évêques allemands qui se sont opposés à Hitler. Par exemple : Clemens August von Galen (1878-1946)

Mais d’autre part, je crois que les craintes de Monsieur Lellouche sont vaines, en raison même de la nature de l’exposé du pape. Je cite le discours du pape au moment où il va expliquer historiquement la « rencontre » entre la foi et la raison :

« Ainsi, malgré toute la dureté du désaccord avec les souverains grecs, qui voulaient obtenir par la force l'adaptation au style de vie grec et à leur culte idolâtre, la foi biblique allait intérieurement, pendant l'époque hellénistique, au-devant du meilleur de la pensée grecque, jusqu'à un contact mutuel qui s'est ensuite réalisé en particulier dans la littérature sapientielle tardive. Aujourd'hui, nous savons que la traduction grecque de l'Ancien Testament réalisée à Alexandrie - la "Septante" - est plus qu'une simple (un mot qu'on pourrait presque entendre de façon assez négative) traduction du texte hébreu: c'est en effet un témoignage textuel, qui a une valeur en lui-même, et une étape spécifique importante de l'histoire de la Révélation, à travers laquelle s'est réalisée cette rencontre d'une manière qui a eu une signification décisive pour la naissance du christianisme et sa diffusion. Fondamentalement, il s'agit d'une rencontre entre la foi et la raison, entre l'authentique philosophie des lumières et la religion. En partant de la nature intime de la foi chrétienne et, dans le même temps, de la nature de la pensée grecque qui ne faisait désormais plus qu'un avec la foi, Manuel II pouvait dire: Ne pas agir "avec le logos" est contraire à la nature de Dieu. »

L’événement historique que Benoît XVI mentionne est la traduction de la Bible par les Septantes, traduction par des savants juifs. Or ces savants juifs, « malgré la tyrannie » des Grecs, vont intérieurement, par un mouvement intérieur, (donc nullement imposé par les Grecs) aller au-devant du meilleur de la pensée grecque. Donc, ces juifs continuaient à en rejeter les éléments contestables. Mais cette œuvre est une œuvre initialement juive dont les chrétiens seront les héritiers. Et à l'époque de Michel Paléologue la pensée grecque unie à la foi juive ne fait plus qu’un avec la foi depuis plusieurs siècles.

Il est impossible de dire que la foi est purement hellène, puisqu’elle est d’origine nécessairement juive, que l’union s’est faite à l’initiative des croyants, soit « de l’intérieur » et malgré la tyrannie des païens. Par nature il est impossible de dire, sauf à trahir au niveau de sa substance même la pensée du pape, que la foi est purement grecque ou qu’il faudrait la déjudaïser pour la retrouver authentique. Les craintes de Monsieur Lellouche sont dont infondées.

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