8.5.10

Réponse à superjustice sur le "pélagianisme" de Gaudium et spes

En commentaire à mon post sur la lecture erronée de Gaudium et spes, "superjustice" (pseudo), me fait l'honneur d'un commentaire où il relate l'accusation portée contre Gaudium et spes, qui serait "pélagien" ou "semi-pélagien". Cette accusation aurait été portée par le théologien Joseph Ratzinger.

Comme ma réponse est trop longue pour passer en commentaire, je la transforme en post :

Voici d'abord la question :

Désolé, mon cher Denis, de "déterrer" cet article, mais une de mes lectures du jour y faisait référence, et quelle ne fut pas ma surprise de constater que - d'une certaine manière - tu peux être qualifié, pour la hiérarchie de l'église catholique, d'hérétique. Ni plus ni moins.

En effet, selon diverses sources, celui qui était encore le cardinal Joseph Ratzinger semble considérer que Gaudium et spes relève du pélagianisme.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Semi-p%C3%A9lagianisme (Voir la fin de l'article)

http://www.culture-et-foi.com/dossiers/benoit_xvi/joseph_komonchak.htm (§8 et 9)

Ceci dit, ta position dans nombre de tes billets me fait effectivement penser que tu as pas mal de liens avec la doctrine de Pélage (http://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9lagianisme), que je tiens personnellement en plus haute sympathie que la doctrine catholique officielle... J'estime d'ailleurs, à titre personnel, que l'église catholique a raté un virage intéressant en optant pour Augustin contre Pélage...

Je serais curieux de connaître ta position et d'en discuter davantage avec toi...

Voici ma réponse :

Vous mettez en références des textes de seconde main (des textes qui prétendent "rendre compte").

Un de mes professeurs m'a appris de ne pas me contenter de textes de seconde main, mais à aller aux textes originaux. Internet pour cela est un instrument fort intéressant, mais imparfait puisque la plupart des textes qui ne sont pas dans le domaine public restent inaccessibles. La culture a un coût si vous voyez ce que je veux dire et je ne roule pas sur l'or.

Il me semble certain, pour en avoir fait l'expérience, qu'avant les années "soixante" régnait un esprit "renfermé" dans certaines parties de l'Eglise. Cela conduisait à ne pas lire Kant par exemple, ne pas lire Nietzsche et tout ce qui n'était pas dans un certain esprit. Ou alors si on lisait ces auteurs il fallait n'en dire que du mal. C'était la psychose antimoderniste.

De plus cette psychose produisait une idéologie (ou l'idéologie créait la psychose) dont on lit les textes chez l'abbé Laguérie, l'abbé de Tanoüarn, monseigneur Fellay et Williamson et tutti quanti.

Cette idéologie peut être dangereuse dans ses résultats.

Cette psychose anti moderniste a conduit à la fondation de la FSSPX. Des gens qui n'ont qu'une culture de seconde main créée par des maîtres autoproclamés mais de seconde zone, mitraillent tous les passants avec des rafales de "moderniste", "kantien", "pélagien" etc. Leur culture est pernicieuse sur plus d'un point et inexistante au plan juridique.

Ce temps est heureusement révolu (sauf pour les traditionalistes et peut-être certains autres, je ne suis pas certain que les catholiques "main stream" des évéchés ne soient pas dans le même esprit, même si les idées sont opposées).

Je crois qu'un des principaux mérite de Ratzinger-Benoît XVI est de s'être constitué une culture de première main sur tous les auteurs y compris les modernes et les contemporains, sans oublier ceux de l'Antiquité et du Moyen-âge. Une forte santé et une mémoire presque prodigieuse expliquent en partie le phénomène Ratzinger. Il n'est pas l'homme d'un seul livre, mais l'homme de très, très nombreux livres dont les messages sont ordonnés dans un esprit puissant.

En revanche, il n'est, selon ce que j'ai lu de lui, ni kantien, ni nietzschéen, il respecte saint Thomas, bref il est parfaitement orthodoxe. Citer Kant ou Nietzsche ou Marx avec honneur ne fait pas de vous un kantien, un nietzschéen ni un marxiste.

L'accusation de pélagianisme adressée à Gaudium et spes est une fausseté évidente, puisque ce texte est infaillible.

Il me semble que la doctrine catholique enseigne que l'humanité, même sans la grâce est capable de bien. Certes le péché originel et les péchés actuels ont ébranlé l'ordre du monde, mais il n'est qu'ébranlé, il n'est pas détruit. Je proposerais cette comparaison : une vitre cassée qui reste sur le châssis laisse toujours passer les images et la lumière, mais bien plus imparfaitement que lorsqu'elle était intacte.

Selon le "compendium" d'ailleurs, il ne faut pas trop insister sur le péché et le mal ("isoler" la doctrine du péché), car cela cache la valeur de la culture (compendium 120, dernier paragraphe).

Bref, ceux qui accusent "Gaudium et spes" de pélagianisme ou de "semi-pélagianisme" ont tort. Ils font vraiment une mauvaise action, car ils troublent les esprits.

GS, c'est un texte qui vous transporte hors de l'intégrisme, il dilate l'âme au lieu de la rabougrir à la manière intégriste.

Cela dit, je ne suis pas sûr que ceux qui s'en réclament l'aient vraiment lu.

Ils semblent se contenter d'une culture de seconde main et croient sur parole les journalistes et le clergé "rendant compte" d'un texte.

Pour moi, je vous assure que la lecture de ces textes est un remède. Je me sens plus joyeux et moralement meilleur après leur lecture qui est loin d'être achevée, alors que je n'éprouve que déception à la lecture de la plupart des textes de seconde main des journalistes ou du clergé français ou des textes intégristes.

Ne croyez pas pour autant que je sois anticlérical, des prêtres m'ont fait beaucoup de bien notamment dans la confession. C'est ce dont je m'aperçois en réfléchissant à mon passé déjà long.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Tout d'abord, une précision : je suis un peu déçu par cette réponse, car mon propos était plutôt de susciter une réflexion autour du pélagianisme lui-même qu'autour de questions de critique historique. Que les propos qu'on prête à celui qui était encore le Cardinal Ratzinger soient avérés ou non m'importe finalement peu. Je n'ai rien ni contre, ni pour lui.

Il n'est en outre nullement dit qu'il aurait rejeté le texte dans son intégralité, mais certains passages (dont le point 17, notamment, selon mes recherches). D'autres, par contre, vont encore plus loin et accuseraient presque à leur tour Benoit XVI de pélagianisme (voir ici) - comme quoi le monde catholique est loin de parler d'une seule voix...

Non, mon propos était plutôt de susciter une discussion sur le pélagianisme lui-même, et de connaître ton point de vue à ce propos, car finalement, cette doctrine (condamnée comme hérétique) me semble avoir davantage foi en l'homme que la doctrine officielle, puisqu'elle est principalement mise à l'index pour son relatif rejet du péché originel et de la notion de "grâce"...

C'est sur ces éléments précis que j'aimerais connaître ton point de vue.

Pour terminer avec ce commentaire, une critique tout de même par rapport à ton argumentation : comment peut-on dire "ce texte est infaillible" ? Un texte est toujours le fait d'un ou plusieurs auteur(s) (hommes, donc faillibles), et n'existe que par ses lecteurs qui en font une interprétation (toujours aussi faillible). Un texte sans lecteur est aussi "infaillible" qu'il est inutile.

Denis Merlin a dit…

Si l'on dit que le pélagianisme a été condamnée comme hérésie (je vous laisse la responsabilité de cette affirmation), il faut accepter que l'on puisse dire qu'un texte ne contient pas d'erreur théologique ou morale (les deux matière dans lesquelles l'Eglise est infaillible), l'un ne va pas sans l'autre. Il aurait sans doute mieux valu écrire qu'il est "inerrant", mais le résultat est le même.

La FSSPX n'est pas catholique, même pas en matière de doctrine. Elle vit (très bien) de mensonges. Il y a chez elle beaucoup de mauvaise foi.

Cela dit je ne suis pas docteur en théologie et la question du pélagianisme ne m'intéresse pas vraiment.

Encore que "librement" ne veuille pas dire "sans la grâce". Au contraire on n'est jamais aussi libre que lorsque l'on agit conformément à notre vocation et sous la motion de la grâce. (Sinon le démon serait souverainement libre et les saints absolument esclaves). "Librement" veut dire sans contrainte extérieure.

En revanche, je suis intéressé par le droit.

Quant au fait que les catholiques ne parlent pas d'une même voix, c'est évident, car un des principes fondamentaux de l'Eglise est la liberté de conscience et la liberté des consciences : autant de têtes, autant d'avis.

Le mieux pour ce qui concerne Ratzinger-Benoît XVI serait de citer son texte au moins un paragraphe entier (en raison des contraintes de droit d'auteur), ou de donner les références pour pouvoir aller le consulter et situer le paragraphe dans le contexte.

Anonyme a dit…

En ce qui concerne la condamnation du pélagianisme comme hérésie, une simple recherche dans les encyclopédies ou les dictionnaires suffit à la constater. Unanimement, toutes les sources s'accordent pour dire que 4 Conciles ont condamné le pélagianisme : Carthage 415 et 417, Antioche 424, Ephèse 431. On peut évidemment aller plus loin dans des ouvrages plus spécialisés, mais ils sont également unanimes sur la question. Réécrire l'histoire n'est pas toujours possible... Un article sur le site même du Vatican ? (voir B, point 7 : http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cclergy/documents/rc_con_cclergy_doc_07071998_seconv_fr.html)

Il faut également savoir ce qu'on appelle "la grâce", en particulier dans l'Eglise Catholique. IL semblerait en effet qu'un homme sur cette terre ne puisse obtenir la "grâce" de dieu s'il n'est pas baptisé. Or, la décision de ce baptême revient, dans plus de 90% des cas, aux parents de l'enfant qui est baptisé sans avoir donné son avis et sans avoir conscience de la portée de ce geste.

Pour ce qui concerne les concepts d'"infaillibilité" et de "liberté", je ne manquerai pas de réagir plus longuement dans d'autres commentaires et/ou billets sur mon blog. Il me semble tout de même que l'affirmation du pélagianisme estimant que la grâce (donc le baptême) n'est pas nécessaire va davantage dans une logique de "liberté" que l'imposition d'une condition (le baptême) au salut...

Et je continue à chercher activement les critiques de Ratzinger à propos de Gaudium et spes, mais je n'ai pas non plus que cela à faire ;-) Dès que de nouvelles sources (si possible de première main, mais il ne faut pas rêver non plus) seront exhumées, je ne manquerai pas de les poster ici.

Denis Merlin a dit…

Si l'on considère que le pélagianisme est l'opinion selon laquelle le baptême n'est pas absolument nécessaire pour être sauvé, alors ce n'est pas une hérésie.

Bien sûr telle quelle cette affirmation nécessiterait des mises au point etc. Mais cette affirmation "pélagienne" (prétendument) en l'état n'est pas fausse.

En revanche la grâce est bien nécessaire à tous, y compris aux baptisés puisque nous sommes tous pécheurs.

Je répète cependant que je ne suis pas théologien et que je me soumets par avance aux jugements de la sainte Eglise sur ces matières qui ne sont pas au centre des sujets traités par mon blog.